SIG & Carto Guide

Télédétection : 23 techniques, et quelle donnée chacune produit

Poser les bases avant de parler radar, lidar ou InSAR

Mattieu Pottier 16 min de lecture
Les familles de capteurs de télédétection, actifs et passifs, et les types de données géospatiales qu'elles produisent

« Télédétection » : le mot est partout en géomatique, sur les fiches de données comme dans les cahiers des charges.

Mais si l'on vous demandait ce qu'il recouvre exactement, sauriez-vous dire où s'arrête un radar et où commence un sonar, pourquoi une orthophoto et un lidar ne répondent pas à la même question, ou ce qu'un satellite livre réellement comme fichier ?

Le champ a pourtant une définition officielle, une classification en trois axes et vingt-trois techniques que l'on peut nommer une à une.

Je vous emmène derrière le mot, à travers une série de quatre articles : ce que la télédétection contient, ce que chaque technique mesure, et pourquoi le capteur ne décide jamais seul de ce que vous obtiendrez.

La série en quatre articles

  • Les bases (cet article) : la définition officielle, les cinq niveaux qui séparent le satellite du fichier, les trois axes qui classent un capteur et l'inventaire des vingt-trois techniques.
  • L'imagerie radar : comment un radar à synthèse d'ouverture fabrique une image, les bandes de fréquence, le choix décisif entre produits, et ce que Sentinel-1 livre réellement.
  • L'InSAR : mesurer le mouvement du sol au millimètre par satellite, ce que la méthode sait faire et ne sait pas faire, et les services européens déjà calculés.
  • Quelle donnée pour quelle problématique : secteur par secteur, la donnée qui répond au besoin et le service qui existe déjà.

Télédétection : de quoi on parle exactement

La définition officielle, et ce qu'elle dit vraiment

Sa définition n'est pas une affaire d'opinion : elle a été publiée au Journal officiel du 22 septembre 2000.

Télédétection « Ensemble des connaissances et techniques utilisées pour déterminer des caractéristiques physiques et biologiques d'objets par des mesures effectuées à distance, sans contact matériel avec ceux-ci. » (Journal officiel du 22 septembre 2000, fiche FranceTerme SPAT318).

Deux critères, pas un de plus : la mesure se fait à distance, et sans contact matériel avec l'objet. La définition ne dit rien de la nature de l'onde.
Sa note officielle précise seulement que la télédétection « utilise généralement l'interaction du rayonnement électromagnétique avec la matière ». Ce généralement compte : il laisse la porte ouverte à l'acoustique, et c'est ce qui autorise le sonar et le sodar dans l'inventaire de cet article.

Le même Journal officiel distingue la télédétection spatiale (instruments embarqués sur des véhicules spatiaux) et la télédétection aérienne (sur des aéronefs). Le satellite n'est donc qu'une plateforme parmi d'autres.

Où elle se situe : géomatique, photogrammétrie, SIG

La télédétection n'est pas une discipline isolée. Elle est une composante de la géomatique, que le Journal officiel définit comme l'« ensemble de techniques de traitement informatique des données géographiques dont certaines peuvent provenir de la télédétection aérospatiale ». Dans l'usage du domaine, on y rattache aussi la géodésie, la topographie, la photogrammétrie, la cartographie et les SIG : ce sont les domaines qu'enseigne l'école de l'IGN, Géodata Paris, l'ancienne ENSG. La figure 1 situe la télédétection parmi ces composantes.
Cette série d'articles part de la télédétection dans son ensemble, puis descend dans une seule de ses branches : la télédétection active en micro-ondes (hyperfréquences, terme officiel), c'est-à-dire l'imagerie radar, et l'interférométrie que l'on applique à ses images.

La géomatique et ses composantes, avec la télédétection mise en avant et ce que l'article en inventorie
La géomatique et ses composantes. La télédétection n'en est qu'une ; c'est elle que cette série explore.Source : MP-i, 2026, d'après le Journal officiel et les domaines de Géodata Paris
Repère

En France, la communauté savante du domaine s'appelle la SFPT, Société française de photogrammétrie et de télédétection, fondée en 1959. Elle publie la Revue française de photogrammétrie et de télédétection, en accès ouvert.

Ce que cet article couvre, et ce qu'il laisse aux suivants

Cet article pose le cadre : la définition, les cinq niveaux qui séparent un satellite du fichier que vous ouvrez dans QGIS, les trois axes de classification et l'inventaire complet des techniques. Il ne détaille ni le fonctionnement d'un radar imageur, ni l'interférométrie, ni la grille d'usage secteur par secteur : c'est le rôle des trois articles suivants. Vous pouvez lire celui-ci seul ; les autres le supposent lu.

Les cinq niveaux, de la plateforme à la méthode

Voici la clé de lecture de toute la série : cinq niveaux, qui ne forment pas un modèle officiel mais la structure de fait des documentations de l'ESA et de l'inventaire d'instruments du CEOS, et dont un seul, l'instrument, porte la classification des capteurs que l'on verra ensuite.

Les cinq niveaux d'une chaîne de télédétection, de la plateforme à la méthode d'exploitation, illustrés par Sentinel-1
Cinq niveaux, et Sentinel-1 qui les traverse. Seul le deuxième, l'instrument, porte les axes de classification vus plus loin.Source : MP-i, 2026

Premier niveau : la plateforme

Le Journal officiel nomme la télédétection aérienne et la télédétection spatiale ; l'ESA ajoute les drones, et l'IGN les plateformes terrestres.

  • 🛰️ Satellite : la couverture mondiale et la répétition régulière. La plupart des satellites d'observation volent en orbite héliosynchrone, « typiquement à 700 km d'altitude et 98° d'inclinaison » selon l'ESA ; les satellites météo géostationnaires, à 36 000 km, balayent le disque terrestre toutes les 15 minutes.
  • ✈️ Avion : les meilleures résolutions, sur des emprises limitées. L'IGN opère quatre Beechcraft King Air 200 basés à Beauvais-Tillé, et photographie l'ensemble du territoire tous les trois ans.
  • 🚁 Drone : le coût d'un avion en moins, la capacité d'emport et la réglementation en contrainte, note l'ESA. L'IGN a développé sa première caméra légère pour drone en 2018.
  • 🚐 Terrestre : fixe ou mobile. Le véhicule Stéréopolis de l'IGN, en 2015, combinait caméras, capteurs laser et géoréférencement de précision.
  • 🚢 Navire : la plateforme de toute l'acoustique marine : sondeurs, sonar latéral, sismique de la Flotte océanographique française.

Le premier article LiDAR du blog détaillait les plateformes aéroportée, terrestre, mobile et drone pour le seul lidar ; la logique est la même pour tous les capteurs.

Deuxième niveau : l'instrument

Suivez Sentinel-1 de haut en bas. La plateforme est le satellite Sentinel-1D. L'instrument est son radar en bande C, une antenne de 12,3 m sur 0,82 m qui émet à 5,405 GHz depuis 693 km d'altitude. C'est à ce niveau, et à lui seul, que se classent les capteurs : les deux sections suivantes lui sont consacrées.

Troisième niveau : le mode d'acquisition

Un même instrument peut être programmé de plusieurs façons. Le mode par défaut de Sentinel-1 sur les terres émergées s'appelle IW, une fauchée de 250 km. La notion de mode programmable est satellitaire ; en avion, elle est remplacée par les paramètres de vol : pour Litto3D, une altitude de 200 à 700 m et une vitesse de 50 à 120 m/s, fixées par les spécifications du SHOM.

Quatrième niveau : le produit

Le produit est le fichier que vous téléchargez, à un niveau de traitement donné. C'est là que tout se joue : le même passage du même satellite dans le même mode est distribué sous deux formes.

Le produit SLC (Single Look Complex) conserve, pour chaque pixel, l'amplitude et la phase du signal, la position de l'onde dans son cycle. Le produit GRD (Ground Range Detected) est détecté, moyenné, projeté au sol, et la phase est perdue, définitivement.

Le premier permet l'interférométrie ; le second ne le permettra jamais. Même satellite, même acquisition, deux destins.

Cinquième niveau : la méthode

La méthode est ce que vous faites du produit téléchargé pour en tirer un résultat qui n'y figure pas tel quel. Un SLC n'est pas encore une mesure de mouvement du sol : c'est l'interférométrie, qui compare la phase de deux SLC pris à des dates différentes, qui produit l'interférogramme. Un GRD n'est pas une carte de changement : c'est la comparaison de deux GRD qui la fait apparaître. Une orthophoto n'est pas une carte d'occupation du sol : c'est la photo-interprétation qui l'en extrait.
Le produit est la matière première ; la méthode fabrique la couche que vous mettrez dans votre SIG. Et c'est ce couple produit-méthode, pas le capteur, qui décide de ce que vous obtiendrez au bout.

Chacune des 23 techniques de l'inventaire qui suit se décrit sur ces mêmes cinq niveaux. Commençons par le deuxième, celui où l'on classe les capteurs.

Niveau instrument : les trois axes qui classent un capteur

Ce qu'on appelle un capteur, et pourquoi le classer

Avant de classer, un mot sur ce que l'on classe. Le Journal officiel définit le capteur en une phrase.

Capteur « Instrument qui recueille de l'énergie radiative provenant de la scène visée et délivre un signal électrique correspondant et mesurable. » (Journal officiel du 22 septembre 2000, fiche FranceTerme SPAT46).

Autrement dit : un capteur est l'appareil qui regarde à la place de vos yeux. Il reçoit quelque chose qui vient de la scène observée (de la lumière, de la chaleur, un écho radio ou sonore) et le transforme en nombres que l'on peut enregistrer et cartographier. Un appareil photo en est un. Le mot « instrument » désigne la même chose, et l'article emploie l'un pour l'autre.

Pourquoi classer ces capteurs ? Pour une raison très pratique : savoir, avant de télécharger quoi que ce soit, ce qu'un instrument est capable de vous donner. Une image, ou juste une courbe ? Une mesure de nuit, ou seulement de jour ? Une couleur, une distance, une température ? Trois questions suffisent à y répondre, et ce sont les trois axes qui suivent.

Ces trois questions sont indépendantes. On ne descend pas un arbre de familles et de sous-familles : on coche trois cases, et chaque capteur en coche exactement trois. Les deux premières sont définies au Journal officiel ; la troisième est chiffrée par l'ESA (European Space Agency).

Les trois axes qui classent un capteur de télédétection : actif ou passif, imageur ou non-imageur, nature de l'onde, avec une courte description de chaque réponse possible
Les trois questions qui classent un capteur. Chacune a ses réponses possibles, et les trois sont indépendantes.Source : MP-i, 2026

Actif ou passif : qui fournit l'énergie

La première question est la plus simple, et c'est celle qui décide de tout ce qui touche à la nuit et à la météo.

Le Journal officiel définit le capteur actif comme un « capteur auquel est incorporé ou associé un émetteur qui irradie la scène dans la bande spectrale du récepteur » (fiche SPAT47), et le capteur passif comme un « capteur qui reçoit une énergie émise sans que lui-même irradie la scène » (fiche SPAT51).

Autrement dit : le capteur passif est un œil, le capteur actif est une lampe torche avec un œil à côté. L'œil seul a besoin que la scène soit éclairée par le soleil, ou qu'elle émette elle-même de la chaleur ; il ne voit rien la nuit, et rien à travers les nuages.

La lampe torche apporte sa propre lumière, ou son propre signal radio, ou son propre son, et lit ce qui lui revient : elle travaille de nuit, et quand son « faisceau » est une onde radio, elle traverse les nuages.

Dans le guide de l'ESA pour les nouveaux entrants, côté passif on trouve toutes les caméras (panchromatique, multispectrale, hyperspectrale) et les radiomètres micro-ondes ; côté actif, le radar à synthèse d'ouverture, le lidar, l'altimètre radar et le diffusiomètre. Vous retrouverez chacune de ces familles dans l'inventaire.

Imageur ou non-imageur : une image ou un profil

C'est l'axe que tout le monde oublie, et c'est lui qui explique pourquoi certains capteurs ne produiront jamais de carte.

Le Journal officiel qualifie d'imageur un instrument « qui permet d'obtenir une image » (fiche SPAT203) ; le non-imageur, lui, mesure point par point et restitue un profil ou une valeur.

Autrement dit : certains instruments prennent une photo, d'autres tracent une courbe.

L'imageur balaie une surface et en rend une image, comme un appareil photo ou un scanner.

Le non-imageur ne regarde qu'un point à la fois, juste sous lui, pendant que le satellite avance : il rend une ligne de valeurs, un sillon tracé sur la carte. Entre deux sillons, il n'a rien vu.

Exemple : l'altimètre radar

L'exemple le plus parlant est l'altimètre radar. Il vise à la verticale et mesure la hauteur de la surface juste sous le satellite, le long de sa trace ; l'ESA le décrit comme mesurant « the surface topography profile along the satellite track ».

Entre deux passages, rien : pour les satellites d'altimétrie de la lignée Topex/Poséidon puis Jason, deux traces voisines sont séparées d'environ 150 km, indique Aviso, le service d'altimétrie du CNES. Autrement dit, l'instrument laisse une ligne de mesures tous les 150 km, et rien entre les deux. Un altimètre est un formidable instrument. Ce n'est pas un imageur.

À retenir

Un profileur (sodar, altimètre, sondeur atmosphérique) ne produit pas de carte, seulement des courbes ou des lignes de mesure. Ce n'est pas une limite de l'instrument, c'est sa catégorie.

La nature de l'onde : optique, thermique, micro-ondes, acoustique

Le troisième axe est celui qui donne leurs noms aux instruments, et c'est pour ça qu'il paraît plus structurant qu'il ne l'est.

L'ESA découpe le spectre électromagnétique observable depuis l'espace en trois fenêtres où l'atmosphère est transparente. L'acoustique s'y ajoute pour les capteurs qui travaillent dans l'eau ou dans les basses couches de l'air.

Autrement dit : les capteurs ne « voient » pas tous avec la même lumière. Certains travaillent avec la lumière visible, celle de nos yeux. D'autres avec la chaleur, l'infrarouge thermique, qui se lit même de nuit. D'autres avec des ondes radio, les micro-ondes, qui traversent les nuages. D'autres encore avec du son, dans l'eau ou dans l'air, là où la lumière ne va pas.

Radar, lidar, sonar : ce sont ces « lumières » qui ont donné leurs noms aux instruments.

Les domaines d'onde en télédétection
DomaineGammeCe qui l'émet ou le renvoieExemple d'instrument
Visible0,39 à 0,70 µmLumière solaire réfléchieInstrument MSI de Sentinel-2
Infrarouge, du proche au thermique0,70 à 14 µm (les capteurs thermiques travaillent entre 10 et 12 µm)Lumière réfléchie dans le proche infrarouge ; chaleur émise par la surface dans le thermique, jour et nuitLidar bathymétrique (canal à 1064 nm), radiomètre de Sentinel-3
Micro-ondes (hyperfréquences)1 cm à 11 mÉcho radar, ou émission naturelle de la surfaceRadar de Sentinel-1, radiomètre de SMOS
AcoustiqueDu kilohertz à quelques centaines de kilohertzÉcho sonore, dans l'eau ou dans l'airSondeur multifaisceaux, sodar

Niveau instrument : les 23 techniques et ce qu'elles mesurent

Où s'arrête un radar, où commence un sonar ?

La réponse tient en une phrase : radar, lidar et sonar ne sont pas des instruments, ce sont des noms de familles, que distingue la nature de l'onde émise (des ondes radio, de la lumière laser, du son), et chaque famille contient plusieurs instruments réellement distincts.

Leur point commun : ce sont tous des capteurs actifs, qui émettent puis écoutent l'écho. De l'autre côté de la ligne, tout un versant passif que ces trois noms font oublier : les caméras et les radiomètres, qui n'émettent rien.

Le compte est simple à vérifier : huit techniques radar, quatre lidar, six acoustiques, cinq passives. Chaque ligne des tableaux qui suivent est adossée à un exemple réel, européen, consultable. La colonne « produit » dit ce que l'instrument restitue (une image, une grille, un profil, une coupe, un nuage de points), ce qui vous dit immédiatement si vous pourrez en faire une couche SIG.

Pour les familles actives, la colonne « ce qu'elle mesure » revient sans cesse sur les mêmes grandeurs. Un capteur actif ne se contente pas de chronométrer l'écho : il en tire jusqu'à quatre informations.

  • La distance : le temps de trajet aller-retour de l'onde. C'est la télémétrie proprement dite, le ranging des acronymes.
  • L'amplitude : la force de l'écho, ou facteur de rétrodiffusion. Elle renseigne sur la rugosité et l'humidité de la surface.
  • Le décalage Doppler : le glissement de fréquence de l'écho, d'où la vitesse de la cible. C'est lui qui donne le vent au sodar et le courant à l'ADCP.
  • La phase : la position de l'onde dans son cycle. Sentinel-1 la conserve dans ses produits SLC, et c'est elle qui rend l'interférométrie possible.

À cela s'ajoute la polarisation, l'orientation du champ électrique de l'onde : Météo-France diffuse des produits radar polarimétriques, et Sentinel-1 émet et reçoit dans deux polarisations.

C'est parce que ces instruments mesurent la phase, et pas seulement le temps de trajet, que l'InSAR existe ; l'article de cette série qui lui est consacré part précisément de là.

La famille radar

Radar est l'acronyme de radio detection and ranging, « détection et mesure au moyen d'ondes radioélectriques ». C'est la famille la plus étendue, et la plus mal connue en dehors de l'imagerie. Huit instruments distincts, du satellite au réseau météo, du profil de vent aux courants marins.

Famille radar : capteurs actifs en micro-ondes
TechniqueCe qu'elle mesureProduitExemple européen
Radar imageur (SAR, RAR)Distance, amplitude, phase, polarisationImageSentinel-1 (Copernicus), ERS (ESA)
ISAR (radar à synthèse d'ouverture inverse)Idem, en exploitant le mouvement de la cibleImage de cibleRadar TIRA du Fraunhofer, antenne de 34 m, qui image les satellites en orbite
Altimètre radarDistance à la verticaleProfil, puis grillesAltimétrie océanique, Aviso et CNES
Diffusiomètre radarFacteur de rétrodiffusion, d'où vent et humiditéGrilleMetop-ASCAT (EUMETSAT)
Radar météorologique DopplerDistance, vitesse Doppler, polarisationGrilleRéseau ARAMIS de Météo-France, 39 radars, images toutes les 5 minutes, données ouvertes depuis le 1er janvier 2024 ; réseau européen OPERA, plus de 160 radars
Profileur de vent radar UHF ou VHFVitesse Doppler, d'où le profil de ventProfilProfileur VHF de Lannemezan (CNRS), vent de 1,5 à 16 km d'altitude, dans le réseau européen E-PROFILE depuis 2001
RASS (sondage radio-acoustique)Vitesse du son, d'où la températureProfilDocumenté par La Météorologie en 1997 ; profileur du DWD à Lindenberg
Radar HF côtierVitesse Doppler, d'où les courants de surfaceGrilleMer d'Iroise, SHOM et Ifremer : deux radars à 12 MHz, portée 150 km, résolution 1,5 km, une mesure toutes les 10 minutes

Trois de ces huit instruments sont des profileurs : ils produisent une mesure verticale en un point, pas une carte. Le radar météo, lui, produit bien une image : c'est pour ça que Météo-France peut publier une mosaïque de réflectivité au kilomètre. Depuis l'ouverture de ses données, ces produits sont téléchargeables sous licence ouverte.

La famille lidar

Lidar est l'acronyme : « light detection and ranging », soit « détection et télémétrie par la lumière ». Un « capteur actif utilisant comme source émettrice un laser ». Sous ce mot, quatre instruments qui n'ont en commun que le laser.

Famille lidar : capteurs actifs à laser
TechniqueCe qu'elle mesureProduitExemple européen
Lidar topographiqueDistance par temps de trajetNuage de pointsLiDAR HD de l'IGN, au moins 10 impulsions par m², licence ouverte
Lidar bathymétriqueDistance, à deux longueurs d'ondeNuage de pointsLitto3D (SHOM et IGN) : le vert à 532 nm traverse l'eau, l'infrarouge à 1064 nm s'arrête à la surface ; profondeurs de 0,2 à 70 m
Lidar DopplerVitesse Doppler, d'où le ventProfilAeolus (ESA), lancé le 22 août 2018, première mission à mesurer les profils de vent à l'échelle du globe ; opérations arrêtées fin avril 2023, rentrée assistée le 28 juillet 2023
DIAL (lidar à absorption différentielle)Concentration d'un gazProfilLidar ozone de l'Observatoire de Haute-Provence, série continue depuis 1985

Le lidar bathymétrique a lui aussi sa fiche officielle, « bathymètre à lidar », Journal officiel du 22 septembre 2000. Si vous voulez aller plus loin sur le lidar topographique, les plateformes aéroportées, terrestres et mobiles, et les formats de nuages de points, le blog y a consacré un article sur ce qu'est le LiDAR et ses données ouvertes et un second sur son intégration pratique dans QGIS.

Et le LADAR ?

Le terme LADAR (Laser Detection And Ranging) désigne la même famille d'instruments que le lidar. Il reste cantonné au registre de la défense : l'Agence européenne de défense l'emploie aux côtés de LIDAR dans une étude de 2017 sur la détection de cibles sous-marines, tandis que l'ONERA, en France, parle simplement d'« imagerie laser ». Il n'a pas de fiche au Journal officiel. Ce n'est pas une vingt-quatrième technique, c'est un second nom.

L'acoustique, dans l'eau et dans l'air

Le sonar (acronyme de sound navigation and ranging, « navigation et mesure au moyen du son », forgé sur le modèle de radar) est lui aussi une famille. Cinq instruments marins, et un sixième qui fait la même chose dans l'air : le sodar, sound detection and ranging, « détection et télémétrie par le son » au Journal officiel.

Famille acoustique : capteurs actifs sonores
TechniqueCe qu'elle mesureProduitExemple européen
Sondeur monofaisceauDistanceProfil« Le profil morphologique du fond à la verticale du navire » (Ifremer)
Sondeur multifaisceauxDistance, réflectivité du fond, colonne d'eauImage et grilleFlotte océanographique française ; la classe 40 du semis Litto3D signale les points « mesurés par un sondeur multifaisceaux »
Sonar latéralAmplitude de l'écho, d'où une image du fondImageFiche Ifremer : bande de 50 à 1 000 m, 100 ou 400-500 kHz, résolution 15 cm ; cartographie des herbiers et du maërl
Sondeur de sédimentsDistance et amplitude, d'où les stratesCoupeFlotte océanographique : signal de 1 500 à 6 500 Hz, pénétration d'environ 100 m dans les sédiments meubles
ADCP (profileur de courant Doppler)Vitesse Doppler, d'où le courantProfil géoréférencéBase de données des courants du SHOM, « source essentielle » des courants de marée des cartes marines
SodarAmplitude et Doppler, d'où le profil de ventProfil« Sondeur atmosphérique à impulsions acoustiques » (JO) ; fabricant français Remtech depuis 1982

Deux nuances que les fiches techniques ne disent pas, et que les institutions disent. Le SHOM note que « les performances des sondeurs multifaisceaux de dernière génération réduisent fortement l'intérêt de l'utilisation d'un sonar latéral en hydrographie » ; le sonar latéral survit surtout pour l'imagerie des habitats. Et Météo-France observe que le sodar « fonctionne mal lorsque le vent est fort » : les exploitants de parcs éoliens, longtemps utilisateurs du sodar, utilisent aujourd'hui des lidars Doppler.

Même principe, autre discipline : géoradar et sismique réflexion

Même principe, autre discipline

Le géoradar et la sismique réflexion reposent sur le même principe d'écho que les familles actives : une onde envoyée dans le sol (radar pour l'un, mécanique pour l'autre), un retour mesuré aux interfaces, une coupe du sous-sol en sortie. Ils ne figurent pourtant pas dans les 23, pour deux raisons. Le BRGM, qui les pratique, les range parmi les méthodes géophysiques. Et la définition officielle de la télédétection exige des mesures « sans contact matériel » : l'antenne du géoradar est traînée sur le sol, les géophones de la sismique sont plantés dedans. Même principe, autre discipline.

De l'autre côté de la ligne : les familles passives

Tout ce qui précède est actif. Or l'essentiel de ce qu'un géomaticien manipule au quotidien est passif : une orthophoto, une image Sentinel-2, une carte de température. Cinq familles, et presque toutes ont un exemple français de premier plan.

Familles passives : capteurs qui reçoivent sans émettre
TechniqueCe qu'elle mesureProduitExemple européen
Imageur optique multispectralLumière solaire réfléchie, dans quelques bandes larges du visible et du proche infrarougeImageSPOT-1 (CNES), lancé le 22 février 1986, 10 m en panchromatique, « premier satellite français d'observation de la Terre » selon l'IGN ; Sentinel-2, 13 bandes à 10, 20 et 60 m, fauchée de 290 km, revisite de 5 jours ; les caméras aériennes de l'IGN, conçues par son propre laboratoire, qui alimentent la BD ORTHO à 20 cm
Imageur hyperspectralIdem, dans plusieurs centaines de bandes étroites et contiguës, « un spectre quasi continu » par pixel selon l'ESACube spectralEnMAP (DLR), lancé le 1er avril 2022, environ 230 canaux de 420 à 2 450 nm, 30 m, données gratuites ; PRISMA (ASI) ; CHIME (Copernicus), lancements prévus en 2028 et 2030
Imageur thermiqueRayonnement infrarouge émis par la surface, d'où sa températureImageSentinel-3, 1 km en thermique, température de la mer à mieux que 0,3 K ; TRISHNA (CNES et ISRO), 60 m, prévu en 2027
Radiomètre micro-ondes passifÉmission micro-onde naturelle, d'où l'humidité des sols et la salinitéGrille d'environ 35 kmSMOS (ESA, plateforme CNES), lancé le 2 novembre 2009, radiomètre interférométrique en bande L à 1,4 GHz ; prolongé jusqu'en 2026, 2028 envisagé, selon le CNES
Sondeur atmosphériqueSpectre infrarouge par point sondé, d'où des profils de température, d'humidité et de gazProfilIASI (CNES et EUMETSAT) sur MetOp depuis 2006, 8 461 canaux de 3,7 à 15,5 µm ; IASI-NG sur MetOp-SG, en exploitation depuis août 2025

Une ligne mérite qu'on s'y arrête : SMOS. C'est un radiomètre passif en bande L, à 1,4 GHz. Il écoute l'émission naturelle du sol dans la même gamme de fréquences qu'un radar en bande L émet et reçoit.
Même onde, deux instruments européens, de part et d'autre de l'axe actif-passif : c'est l'illustration la plus propre du fait que la nature de l'onde ne dit pas ce que fait l'instrument.
La bathymétrie par satellite (estimer la profondeur d'eaux claires depuis une image Sentinel-2) relève de la première ligne : c'est de l'optique passive, qui lit la réflectance du fond à travers la colonne d'eau. Elle n'émet rien.

Deux méthodes qui ne sont ni actives ni passives

Hors des deux catégories

La gravimétrie et la magnétométrie mesurent des champs de potentiel (la pesanteur, le champ magnétique terrestre) et non un rayonnement. Elles ne sont ni des capteurs actifs ni des capteurs passifs au sens des fiches officielles. Le BRGM les classe, avec le géoradar, parmi les méthodes géophysiques. Si vous les voyez rangées dans un catalogue de télédétection, c'est un abus de langage.

Niveaux produit et méthode : pourquoi le capteur ne décide pas

Retour aux deux derniers niveaux, maintenant que les instruments sont nommés.

Six chaînes complètes, de Sentinel-1 à Litto3D

Le tableau qui suit montre tout en un coup d'œil. Les trois premières lignes ont la même plateforme, le même instrument et le même mode : tout diverge au produit et à la méthode. La seule ligne à instrument passif est la BD ORTHO, et la colonne « mode » est vide pour l'aéroporté, remplacée par les paramètres de vol.

Six chaînes de production sur cinq niveaux
RésultatPlateformeInstrumentModeProduitMéthode
InterférogrammeSentinel-1DRadar bande CIWSLCInSAR
Carte de changementSentinel-1DRadar bande CIWGRDDétection de changement
EGMS, mouvements du solSentinel-1Radar bande CIWSLCInterférométrie multi-temporelle
LiDAR HDAvion, IGNLidar topographiqueaucunNuage de points classéModèles numériques de terrain, de surface, de hauteur
BD ORTHOAvion, IGNCaméra numérique, passiveaucunOrthophoto à 20 cmPhoto-interprétation
Litto3DAvion, SHOMLidar bathymétriqueaucunSemis de pointsModèle numérique de terrain terre-mer

Ce qui qualifie une donnée : les quatre résolutions

Quand vous comparez deux produits, quatre grandeurs suffisent à dire ce que vous achetez. Les définitions ci-dessous sont celles de la documentation de Sentinel-2.

  • Résolution spatiale : « la représentation au sol d'un détecteur individuel ». En pratique, la distance entre deux centres de pixels au sol. L'ESA parle de basse résolution au-delà de 300 m, de moyenne entre 300 et 30 m, de haute entre 30 et 5 m, et de très haute en dessous de 5 m.
  • Résolution temporelle : « la fréquence de revisite du satellite sur un lieu donné ». Un seul Sentinel-2 repasse tous les 10 jours ; la paire, tous les 5 jours. Attention, l'ESA distingue la revisite de l'orbite et celle que permet l'agilité du satellite : Pléiades a un cycle orbital de 26 jours et une revisite de 2 jours.
  • Résolution spectrale : « la capacité de l'instrument à distinguer des détails dans le spectre électromagnétique ». C'est ce qui sépare le multispectral, quelques bandes larges, de l'hyperspectral, des centaines de bandes étroites.
  • Résolution radiométrique : « le plus petit écart d'intensité ou de réflectance que le système peut représenter », exprimé en bits. Un capteur sur 8 bits distingue 256 niveaux ; Sentinel-2, sur 12 bits, en distingue 4 096.
  • Fauchée : le terme officiel pour swath, la largeur de la bande observée à chaque passage. 290 km pour Sentinel-2, 120 km pour SPOT-5, 250 km pour Sentinel-1 en mode IW.

Par où continuer

Trois articles prolongent celui-ci. Le premier, l'imagerie radar, explique comment un radar imageur fabrique une image et ce que Sentinel-1 livre réellement. Le deuxième est consacré à l'InSAR, à ce qu'il mesure et à ce qu'il ne sait pas faire.
Le troisième bascule côté décideur : votre secteur, votre problématique, la donnée qui y répond et le service qui existe déjà. Et si votre besoin est un nuage de points, l'article sur le LiDAR en pratique reste le bon point d'entrée.

Coût, risque, bénéfice

Coût : la donnée est en grande partie gratuite : Copernicus, l'IGN, le SHOM. Le coût réel est la compétence pour choisir la bonne et la lire correctement.
Risque : attendre d'un capteur ce qu'il ne mesure pas : un produit GRD pour de l'interférométrie, une orthophoto pour de la hauteur, un profileur pour une carte.
Bénéfice : savoir nommer ce que vous cherchez avant de télécharger quoi que ce soit. C'est la moitié du travail, et c'est celle qui s'apprend le plus vite.

Ce qu'il faut retenir

La télédétection a une définition officielle et trois axes de classification (actif ou passif, imageur ou non, nature de l'onde), et pas davantage. Radar, lidar, sonar ne sont pas des instruments mais des familles, et le versant passif est la moitié de la discipline. Le géoradar et la sismique partagent le principe d'écho, pas la discipline.
Surtout, un capteur ne détermine pas le type de donnée que vous obtiendrez : le produit et la méthode le font, et c'est à ces deux niveaux qu'il faut regarder avant tout téléchargement.

Terminologie officielle

Agences et missions

Services et référentiels français

Publications à comité de lecture

  • Dubosclard et al., « Les sondages radioacoustiques de l'atmosphère », La Météorologie n° 18, 1997 : lameteorologie.fr ↗
  • Lidar ozone de l'Observatoire de Haute-Provence, Atmospheric Measurement Techniques 12, 2097, 2019 : amt.copernicus.org ↗

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Mattieu Pottier

Consultant SI indépendant — MP-i

Odoo, SIG, architecture système. J'aide les PME et bureaux d'études à construire des systèmes d'information calibrés sur leurs vrais besoins, sans surcoût ni dépendance éditeur.