Derrière chaque carte web, chaque requête spatiale, chaque export SIG, il y a un format de fichier ou un protocole qui conditionne la performance, la scalabilité et la maintenabilité de tout le système. Choisir le mauvais format, c'est potentiellement des temps de chargement excessifs, une scalabilité impossible et une dette technique durable. Ce premier volume de la collection « Chaîne de la donnée géospatiale » couvre trente ans d'évolution — du SIG desktop des années 1990 aux formats cloud-native et WebGPU de 2026 — avec plus de vingt formats analysés en profondeur, un guide décisionnel complet et cinq architectures de référence.
LB1 — LE QUOI ← CE DOCUMENT — Formats Géospatiaux 2026 — Structure, histoire, critères de choix.
LB2 — LE OÙ — Stockage Géospatial — Moteurs, index, coûts, gouvernance.
LB3 — LE COMMENT — Exposition Web — Servir et consommer la donnée.
Ce document est le prérequis de LB2 et LB3. Les formats décrits ici sont référencés dans les volumes suivants sans être redécrits.
Sommaire
- Préface
- Introduction — Les formats géospatiaux, sujet stratégique
- Le fil conducteur : quatre ruptures technologiques
- Partie 1 — Taxonomie et grille de lecture
- Vecteur, Raster, Nuage de points, 3D, Scientifique
- Fichier, API, Tile · Les cinq critères de choix
- Partie 2 — Ère 1 : Le SIG Desktop (1994–2004)
- GeoTIFF · Shapefile · WMS · GML · KML · WFS · GPX
- Partie 3 — Ère 2 : L'explosion du web cartographique (2005–2013)
- GeoJSON · MBTiles · WMTS · OSM PBF · TopoJSON · XYZ
- Partie 4 — Ère 3 : La performance vectorielle web (2014–2019)
- MVT · GeoPackage · FlatGeobuf · OGC API Features · PMTiles
- Partie 5 — Ère 4 : Cloud, Big Data et WebGPU (2020–2026)
- COG · GeoParquet · GeoArrow · MLT — analyse approfondie
- Partie 6 — Formats 3D et LiDAR
- LAS/LAZ · 3D Tiles · CityGML · IFC · Convergence BIM-GIS
- Partie 7 — Formats scientifiques et climatiques
- NetCDF · HDF5
- Partie 8 — Formats CAD dans l'écosystème géospatial
- DXF/DWG · Flux CAD→SIG · Intégration Odoo
- Partie 9 — Guide décisionnel complet
- Matrice d'usage · Arbre de décision · Compatibilité logiciels
- Cinq scénarios architecturaux types
- Partie 10 — Architectures de référence 2026
- Partie 11 — Tendances 2030
- Conclusion · Références · Glossaire · Auteur
Préface
Les formats de données géospatiales constituent l'un des sujets les plus stratégiques — et les plus sous-estimés — de l'écosystème des systèmes d'information. Depuis près de trente ans, j'ai vu des projets échouer non pas par manque de compétences métier, mais parce que les choix technologiques fondamentaux avaient été faits trop vite, sans recul sur les implications architecturales, de performance ou de maintenabilité.
Ce livre blanc est né d'un double constat. D'abord, la documentation existante sur les formats géospatiaux est souvent fragmentée : les développeurs trouvent des références techniques précises sur chaque format pris isolément, mais rarement une vision d'ensemble qui permette de comprendre pourquoi un format a émergé, quel problème concret il résolvait, et comment il s'inscrit dans la trajectoire longue de l'évolution du SIG vers le web, puis vers le cloud et le GPU.
Ensuite, 2026 marque un tournant concret : l'arrivée de MapLibre Tile (MLT) comme successeur du MVT, l'adoption massive de PMTiles qui supprime le besoin de tile server, et la montée en puissance de GeoParquet dans les pipelines de data engineering spatial. Ce n'est pas une simple évolution incrémentale — c'est une recomposition des fondamentaux.
Ce document s'adresse aux développeurs web et SIG, aux architectes solutions, aux chefs de projet en transformation digitale et à tous ceux qui prennent des décisions techniques impliquant de la donnée géographique. Il ne présuppose pas une expertise préalable en cartographie, mais suppose une familiarité avec les concepts d'API, de base de données et d'architecture web.
Mattieu Pottier — Consultant en transformation digitale, spécialiste Odoo ERP et applications SIG
Introduction — Pourquoi les formats géospatiaux sont un sujet stratégique
La donnée géographique est partout. Dans votre application de livraison quand elle calcule un itinéraire, dans votre plateforme de gestion de patrimoine quand elle localise un équipement, dans votre dashboard de monitoring quand il représente une carte de chaleur. Derrière chaque carte web, derrière chaque requête spatiale, derrière chaque export SIG, il y a un format de fichier ou un protocole qui conditionne la performance, la scalabilité et la maintenabilité de tout le système.
Des performances dégradées — un GeoJSON de 500 Mo servi à chaque requête là où des tuiles vectorielles auraient suffi.
Une scalabilité impossible — un WFS XML exposant 100 000 entités sans pagination ni optimisation.
Une dette technique — un Shapefile au cœur d'une API web moderne, avec ses contraintes des années 1990.
Un coût d'infrastructure — un tile server complet là où PMTiles sur CDN aurait coûté dix fois moins.
Le fil conducteur : quatre ruptures technologiques
L'histoire des formats géospatiaux n'est pas une accumulation linéaire de standards. Elle se structure autour de quatre ruptures technologiques majeures, chacune provoquée par un changement de contexte d'usage.
Figure 1 — Les quatre ruptures technologiques des formats géospatiaux (1994–2026)
Les quatre ruptures technologiques des formats géospatiaux
Partie 1 — Taxonomie et grille de lecture
Avant d'entrer dans le détail de chaque format, il est essentiel de disposer d'une grille de lecture commune. Les formats géospatiaux peuvent être classifiés selon plusieurs dimensions orthogonales.
1.1 Vecteur, Raster, Nuage de points, 3D, Scientifique
La première distinction fondamentale concerne la nature des données représentées.
Famille 1
Vecteur
Points · Lignes · Polygones avec attributs
Shapefile, GeoJSON, MVT, GeoPackage
Famille 2
Raster
Grille de pixels géoréférencés
GeoTIFF, COG, PNG/JPEG XYZ
Famille 3
Nuage de points
Points 3D LiDAR avec attributs
LAS, LAZ, COPC
Famille 4
3D / BIM
Modélisation volumétrique
3D Tiles, CityGML, IFC
Famille 5
Scientifique
Grilles multidim. (temps, altitude)
NetCDF, HDF5
1.2 Fichier, API, Tile
La deuxième dimension concerne le mode d'accès et de distribution de la donnée.
| Mode d'accès | Description | Exemples | Cas d'usage |
|---|---|---|---|
| Format fichier statique | Encapsulé en fichiers. Lecture séquentielle ou indexée. | Shapefile, GeoJSON, GeoPackage, GeoTIFF | Échanges, exports, stockage local |
| Format d'API | Exposé via protocole requête/réponse. Permet filtrage, pagination, requêtes spatiales. | WFS, OGC API Features, REST JSON | Applications interactives, interopérabilité |
| Format de tuiles | Données découpées en tuiles par niveau de zoom. Optimisé pour le rendu. | XYZ raster, MVT, MLT, PMTiles | Cartographie web performante, grand public |
Un même jeu de données peut exister sous plusieurs formes : une couche PostGIS peut être exportée en GeoJSON (fichier), exposée via OGC API Features (API), et rendue en MVT (tiles). Le format est un choix architectural en fonction du cas d'usage — pas une propriété de la donnée elle-même.
1.3 Environnement de consommation cible
| Environnement | Caractéristiques | Formats adaptés |
|---|---|---|
| Bureau / Desktop | QGIS, ArcGIS — accès fichier local, pas de contrainte réseau | Shapefile, GeoPackage, GeoTIFF, LAS/LAZ |
| Web navigateur | JavaScript, WebGL/WebGPU — contrainte réseau, interactivité | GeoJSON, MVT, MLT, PMTiles, COG |
| Cloud / Data | Traitement massif, pipelines analytiques, stockage objet | GeoParquet, GeoArrow, COG, FlatGeobuf |
| API / Backend | Échange entre services, interopérabilité, standardisation | OGC API Features, REST JSON, WFS, WMS |
1.4 Les cinq critères de choix d'un format
Tout choix de format géospatial devrait être évalué selon ces cinq dimensions.
Partie 2 — Ère 1 : Le SIG Desktop (1994–2004)
Au milieu des années 1990, le SIG est un outil professionnel réservé aux spécialistes. Les logiciels — ArcView 3.x d'ESRI, MapInfo Professional, Intergraph — tournent sur des postes de travail coûteux. L'internet grand public n'existe pas encore sous sa forme actuelle. Les formats de données géospatiales de cette époque reflètent ces contraintes : accès fichier local, échange entre spécialistes, peu de préoccupation pour le réseau ou l'interopérabilité avec des navigateurs. C'est dans ce contexte que naissent les formats fondateurs, dont certains sont encore actifs trente ans plus tard.
1994 — GeoTIFF
Niles Ritter (JPL/NASA) / Mike Ruth (SPOT Image)
Le raster géoréférencé universel. Étend TIFF avec des balises normalisées stockant projection, emprise et résolution directement dans le fichier image. Standard de fait depuis 1995, adopté OGC en 2019.
~1993 / spec 1998 — Shapefile
ESRI
Le format qui refusait de mourir. Trente ans de domination malgré noms de colonnes à 10 chars, limite 2 Go, encodage ambigu. Toujours omniprésent dans les portails open data institutionnels.
2000 — WMS
OGC — Web Map Service
Premier standard de cartographie web. Le client envoie un bounding box, le serveur renvoie une image PNG/JPEG. Traitement entièrement côté serveur. Toujours actif dans les portails institutionnels en 2026.
2000 — GML
OGC — Geography Markup Language
L'ambition XML universelle. Verbeux (5 à 15× GeoJSON pour les mêmes données), il reste le format sous-jacent de WFS et les échanges INSPIRE. GeoJSON l'a supplanté pour les API modernes.
2001 — KML
Keyhole Inc. / Google
Créé pour EarthViewer (Google Earth), popularise la carte 3D grand public. XML avec styles visuels intégrés. Standardisé OGC en 2008. Niche stable pour le partage ponctuel d'annotations géographiques.
2002 — WFS
OGC — Web Feature Service
Accès aux données vectorielles brutes via le web. Hérite de GML — réponses volumineuses, parsing côté client coûteux, pas de pagination native en v1.x. OGC API Features (2019) est son successeur officiel.
2002 — GPX
Topografix — GPS Exchange Format
Standard d'échange universel pour les données GPS terrain. Traces, waypoints, routes avec timestamp et altitude. Support natif Garmin, Strava, Komoot, QGIS. Niche stable, non concerné par les tendances web.
Ère 1 — SIG Desktop · 1994 · Raster
GeoTIFF
Le raster géoréférencé universel — le format qui a normalisé la donnée satellite
Contexte et problématique
En 1994, les données satellitaires et aériennes numérisées se multiplient, mais chaque fournisseur utilise ses propres conventions pour stocker l'information de géoréférencement. Résultat : une image SPOT ne pouvait pas être superposée directement à une image d'un autre capteur sans retraitement manuel. GeoTIFF répond à ce problème en étendant le format TIFF standard avec des balises normalisées qui stockent le système de coordonnées, la transformation affine et la projection cartographique directement dans le fichier image.
Architecture technique
GeoTIFF est un TIFF enrichi de métadonnées géographiques sous forme de tags privés. L'image est stockée en tuiles ou en bandes, potentiellement compressée (LZW, Deflate, JPEG). Les métadonnées clés : GeoKeyDirectory (répertoire des clés de géoréférencement), ModelPixelScaleTag (résolution X/Y dans les unités de la projection), ModelTiepointTag (correspondance pixel ↔ coordonnée terrain), ModelTransformationTag (matrice affine de transformation).
| Forces | Limites |
|---|---|
| Support universel (GDAL, QGIS, ArcGIS, Python rasterio) | Fichier complet à charger — pas de streaming natif |
| Métadonnées intégrées dans le fichier | Taille importante pour haute résolution |
| Support multi-canal (RGB, infrarouge, hyper-spectral) | Non adapté aux accès partiels côté web |
| Standard de fait depuis 1995 | COG (2016) résout le problème du streaming |
GeoTIFF reste le format raster de référence pour le stockage et l'échange. Sa version cloud-optimisée (COG) est devenue le standard pour le streaming raster sur infrastructure cloud. Il est peu probable qu'il disparaisse avant longtemps.
Ère 1 — SIG Desktop · ~1993 / spec 1998 · Vecteur
Shapefile
Le format qui refusait de mourir — trente ans de domination malgré ses contraintes
Architecture technique
Un "fichier Shapefile" est en réalité un ensemble d'au moins trois fichiers avec le même nom de base : .shp (géométries vectorielles), .shx (index d'accès aux géométries), .dbf (attributs en format dBASE III — héritage des années 1980), .prj (projection cartographique), .cpg (encodage des caractères).
Noms de colonnes limités à 10 caractères — héritage dBASE III 1985, source de troncatures constantes.
Taille maximale de 2 Go par fichier — insuffisant pour les jeux de données modernes.
Pas de support NULL — une valeur nulle est représentée par 0, ambiguïté garantie.
Un seul type de géométrie par fichier — impossible de mélanger points et polygones.
Encodage des caractères ambigu — UTF-8 ou Latin-1 selon les logiciels, source de corruptions.
Pas de topologie — les relations entre entités doivent être recalculées.
La spécification du fichier .dbf (dBASE III Plus) date de 1985. Quand ESRI a créé le Shapefile au début des années 1990, ils ont réutilisé ce format de moins de dix ans pour les attributs — un choix pragmatique à l'époque. En 2026, nous continuons à utiliser des noms de colonnes de 10 caractères hérités de contraintes matérielles des années 1980.
Pourquoi le Shapefile survit malgré ses limitations : support universel (absolument tous les logiciels SIG le lisent), simplicité d'usage (pas de base de données requise), et inertie institutionnelle (décennies de workflows, données archivées et scripts automatisés).
Le Shapefile est officiellement déconseillé pour tout nouveau projet. GeoPackage est son successeur naturel pour les échanges desktop. Il reste cependant omniprésent comme format d'export dans les outils institutionnels et les portails open data.
Ère 1 — SIG Desktop · 2000 · Service cartographique
WMS — Web Map Service
La première cartographie web normalisée — des images à la demande
WMS répond à un problème fondamental du web cartographique naissant : comment permettre à un client quelconque de demander une image cartographique d'une zone précise, à une échelle précise, sans télécharger toute la donnée ? Le serveur génère et renvoie une image PNG ou JPEG pour chaque requête. Le traitement est entièrement côté serveur.
| Forces | Limites |
|---|---|
| Standard OGC universellement supporté | CPU serveur sollicité à chaque requête |
| Rendu serveur — cohérence graphique garantie | Image non interactive (pas de clic sur entité) |
| Compatible tous clients cartographiques | Difficile à mettre en cache (paramètres variables) |
WMS reste actif dans les contextes institutionnels et les portails de données publiques (IGN, Copernicus, etc.). Pour les applications web modernes à fort trafic, il a été largement supplanté par les tuiles raster XYZ cachables et les tuiles vectorielles MVT/MLT.
Ère 1 — SIG Desktop · 2000 · Échange XML
GML — Geography Markup Language
L'ambition XML qui a manqué le virage du web
En 2000, XML est au sommet de sa popularité. L'OGC publie GML comme format d'échange universel pour les données géographiques complexes. GML est pensé comme le langage universel de l'information géographique — et c'est précisément son problème : la verbosité XML.
<!-- GML — un point avec srsName -->
<gml:Point srsName="urn:ogc:def:crs:EPSG::4326">
<gml:pos>48.8566 2.3522</gml:pos>
</gml:Point>
// GeoJSON équivalent
{"type": "Point", "coordinates": [2.3522, 48.8566]}
// Rapport de taille : GML est typiquement 5 à 15× plus volumineux.
Ère 1 — SIG Desktop · 2001 · Visualisation géographique
KML — Keyhole Markup Language
Google Earth change la donne — la cartographie grand public
KML est créé en 2001 pour EarthViewer (qui deviendra Google Earth). Il popularise la carte 3D interactive auprès du grand public et introduit massivement la notion de couche cartographique partageable. Conçu pour la présentation visuelle avec styles, icônes et animations. Sa forme compressée KMZ facilite la distribution.
| Forces | Limites |
|---|---|
| Grand public — simple à créer et partager | XML verbeux, peu performant pour gros volumes |
| Support natif Google Earth / Maps | Pas adapté aux API web modernes |
| Style visuel intégré (couleurs, icônes) | Peu de support pour les attributs complexes |
Ère 1 — SIG Desktop · 2002 · Service vectoriel
WFS — Web Feature Service
Accès vectoriel OGC — les limites structurelles de XML
WFS répond à la question : comment accéder aux données vectorielles brutes (géométries + attributs) via le web, de manière standardisée ? Il hérite de GML pour la représentation — chaque feature retournée est encodée en XML GML. Les conséquences sont directes : requêtes volumineuses, parsing côté client coûteux, pas de pagination native en WFS 1.x, complexité du filtre OGC.
Ère 1 — SIG Desktop · 2002 · GPS terrain
GPX — GPS Exchange Format
Le standard terrain GPS — simple, robuste, universel
GPX émerge avec la démocratisation des récepteurs GPS portables (Garmin, Magellan). Format d'échange universel XML pour les données de navigation GPS : traces avec timestamp et altitude, waypoints, routes. Support natif sur Garmin, Strava, Komoot, QGIS. Sa niche est stable — il n'est pas concerné par les tendances web.
Partie 3 — Ère 2 : L'explosion du web cartographique (2005–2013)
Février 2005 marque un tournant historique : Google lance Google Maps sur le web. Pour la première fois, une carte interactive glissante (slippy map) est disponible dans un simple navigateur, sans plugin. La technique des tuiles raster combinée à du JavaScript asynchrone révolutionne l'expérience cartographique. L'écosystème web cartographique explose : OpenLayers (2006) puis Leaflet (2011) démocratisent la cartographie JavaScript open source. Ces nouveaux usagers ont besoin de formats adaptés au web : légers, JSON-natifs, faciles à manipuler.
Ère 2 — Web cartographique · 2008 · Vecteur web
GeoJSON
JSON natif web — le tournant qui a tout changé
Structure et architecture
{
"type": "FeatureCollection",
"features": [
{
"type": "Feature",
"geometry": {
"type": "Point",
"coordinates": [2.3522, 48.8566]
},
"properties": {
"name": "Paris",
"population": 2161000
}
}
]
}
// Types géométriques : Point, MultiPoint, LineString, MultiLineString,
// Polygon, MultiPolygon, GeometryCollection
// RFC 7946 : WGS84 obligatoire, polygones en sens antihoraire
Pourquoi GeoJSON a gagné
Zero parsing
JSON.parse()intégré dans tous les moteurs JS depuis ES5- Pas de librairie externe requise
Lisible humainement
- Inspectable dans n'importe quel éditeur de texte
- Débogage trivial
Intégration native
- Leaflet, Mapbox GL, OpenLayers — natif
- PostGIS, GDAL, Python fiona/geopandas
Tooling riche
- geojson.io, Turf.js, GDAL, ogr2ogr
- Écosystème mature et stable
Les limites de GeoJSON
- !Volumétrie — au-delà de 50 000 entités, les performances de parsing et de rendu se dégradent significativement
- !Pas de compression native — un GeoJSON de données OSM d'une ville peut peser plusieurs centaines de Mo
- !Pas d'index spatial — interroger un GeoJSON côté serveur nécessite de le charger entièrement en mémoire
- !WGS84 obligatoire — RFC 7946 impose ce CRS, incompatible avec certains contextes (Lambert 93, etc.)
GeoJSON est le format vectoriel dominant pour les API web, les échanges de données légères et les applications avec moins de quelques dizaines de milliers d'entités. Pour les gros volumes, MVT/MLT lui ont pris sa place dans le rendu cartographique.
Ère 2 — Web cartographique · 2010 · Service de tuiles raster
WMTS — Web Map Tile Service
WMS tuilé — le pont entre le serveur et le CDN
WMS génère une image à la demande pour chaque requête — ce qui est coûteux en CPU et impossible à cacher efficacement. WMTS standardise la technique des tuiles : on pré-calcule des tuiles 256×256 pour chaque niveau de zoom et chaque position dans une grille fixe. Ces tuiles sont identiques pour tous les utilisateurs et parfaitement cachables sur CDN.
| Forces | Limites |
|---|---|
| Tuiles cachables sur CDN — scalabilité excellente | Non interactif comme WMS (image raster) |
| Standard OGC — support institutionnel large | Moins flexible que WMS (grille fixe) |
| Compatible QGIS, ArcGIS, navigateurs | Protocole plus complexe que le schéma XYZ simple |
Ère 2 — Web cartographique · 2011 · Container de tuiles
MBTiles
SQLite pour les tuiles — le container tile standard
Quand on génère des tuiles pour un zoom mondial, on peut facilement produire des millions de fichiers PNG individuels. Stocker des millions de petits fichiers sur un système de fichiers est inefficace. MBTiles encapsule toutes les tuiles dans une base SQLite unique, portable, indexée et directement servable via TileServer GL. PMTiles (2022) offre une alternative sans serveur via HTTP Range Requests.
Ère 2 — Web cartographique · 2010 · Données source OSM
OSM PBF — OpenStreetMap Protocolbuffer Binary Format
La matière première des pipelines vectoriels planet-scale
OSM distribue l'intégralité de sa base mondiale sous forme de dumps. Le format PBF (Protocol Buffers), adopté en 2010, divise la taille par 2–3 et multiplie la vitesse de parsing par 5–6 par rapport au XML.
OSM PBF (.osm.pbf) — le format de dump complet d'OpenStreetMap : nœuds, chemins, relations. C'est la donnée source brute, non structurée comme un SIG classique.
MVT/PBF — les tuiles vectorielles MVT encodées en Protocol Buffers. Ici "PBF" désigne le codec de sérialisation, pas le format OSM. La confusion est fréquente et source d'erreurs.
| Outil | Entrée | Sortie |
|---|---|---|
Tippecanoe | GeoJSON, FlatGeobuf | MVT (MBTiles ou PMTiles) |
Planetiler | OSM PBF, GeoPackage, Shapefile | MVT ou MLT (PMTiles) |
osmium-tool | OSM PBF | OSM PBF filtré, GeoJSON |
osm2pgsql | OSM PBF | PostGIS |
Ère 2 — Web cartographique · 2012 · Dataviz
TopoJSON
Compression topologique — la niche de la dataviz
TopoJSON encode la topologie explicitement : au lieu de stocker des polygones fermés, il stocke des arcs (segments de frontière) référencés par les polygones adjacents. Une frontière commune entre deux départements n'est stockée qu'une seule fois. Pour une carte choroplèthe classique, TopoJSON est typiquement 2 à 4× plus petit que GeoJSON équivalent. Sa niche est stable : excellent pour la dataviz D3.js et les cartes choroplèthes web légères.
3.4 Le schéma XYZ — le tuilage dominant non-OGC
Parallèlement aux standards OGC, un schéma de facto s'impose par sa simplicité : le schéma XYZ, popularisé par Google Maps et OpenStreetMap. L'URL d'une tuile suit le pattern https://tile.openstreetmap.org/{z}/{x}/{y}.png où z est le niveau de zoom (0–22) et x, y la position dans la grille de Mercator. Ce schéma est directement supporté par Leaflet, Mapbox GL et tous les frameworks cartographiques modernes. Il n'a pas de spécification formelle OGC mais est devenu un standard de facto universel.
Partie 4 — Ère 3 : La performance vectorielle web (2014–2019)
En 2013–2014, la carte web est confrontée à un mur de performance. Les tuiles raster gèrent parfaitement les fonds de carte statiques, mais posent deux problèmes majeurs : elles ne sont pas interactives, et elles doivent être régénérées entièrement si le style change. WebGL, disponible dans les navigateurs depuis 2011 et stable depuis 2013, ouvre une nouvelle possibilité : utiliser le GPU du client pour le rendu cartographique. Si on envoie des données vectorielles brutes au client et qu'on les rend avec WebGL, le style peut être modifié en temps réel côté client sans régénérer les tuiles. C'est cette idée qui donne naissance aux vector tiles.
Ère 3 — GPU vectoriel · 2014 · Vector tiles
MVT — Mapbox Vector Tiles
Le standard de performance web vectoriel — binaire, GPU-ready, universel
Architecture technique
Une tuile MVT est un fichier binaire encodé en Protocol Buffers. Elle contient des layers (couches thématiques : routes, bâtiments, eau), des features (entités avec attributs), des géométries (coordonnées entières relatives à la grille 0–4096) et des clés/valeurs compressées (les attributs strings sont dédupliqués via un dictionnaire interne). Le fichier est encodé row-based — limitation que MLT résoudra.
L'écosystème MVT — pourquoi il a tout conquis
| Catégorie | Outils / Librairies |
|---|---|
| Génération serveur | Tippecanoe · Planetiler · PostGIS ST_AsMVT · Martin · pg_tileserv |
| Rendu client web | Mapbox GL JS · MapLibre GL JS · OpenLayers · Deck.gl |
| Rendu client mobile | Mapbox Maps SDK · MapLibre Native (iOS, Android) |
| Serveur de tuiles | TileServer GL · Martin · tegola · pg_tileserv |
| Stockage | MBTiles · PMTiles · S3/CDN |
| Bureau | QGIS — support direct des sources MVT |
| Forces | Limites |
|---|---|
| Style modifiable côté client en temps réel | Row-based — décodage moins efficace pour gros volumes |
| Interactif — clic sur features, filtres clients | Pas de support 3D natif (altitude) |
| Cachable sur CDN comme les tuiles raster | Pas de support des types complexes (nested) |
| Écosystème massif et mature | Pas pensé pour WebGPU (latence de décodage) |
MVT est le standard dominant pour le rendu vectoriel web. Il est déployé sur toutes les grandes plateformes cartographiques (Mapbox, Google Maps, HERE, Esri). Son successeur MLT est en cours d'adoption mais MVT restera dominant pendant plusieurs années encore.
Ère 3 — GPU vectoriel · 2014 · Fichier desktop
GeoPackage
Le Shapefile moderne enfin — SQLite standardisé par l'OGC
GeoPackage est publié par l'OGC en 2014 comme remplacement officiel du Shapefile. Un GeoPackage est une base SQLite avec une structure de tables normalisée : gpkg_contents (métadonnées des couches), gpkg_geometry_columns (description des colonnes géométriques), gpkg_spatial_ref_sys (projections), tables métier avec géométries WKB + attributs typés, et tables optionnelles pour les tuiles raster.
| Critère | Shapefile | GeoPackage |
|---|---|---|
| Nombre de fichiers | Minimum 3 (.shp, .shx, .dbf) | 1 seul fichier .gpkg |
| Noms de colonnes | 10 caractères max | Illimités |
| Taille max | 2 Go | 1,1 To (spec OGC) |
| Types de données | Limités dBASE III | SQL complet (INTEGER, REAL, TEXT, BLOB, DATE) |
| Valeurs NULL | Ambiguës (0 = null) | NULL SQL natif |
| Multi-couches | Un fichier par couche | Plusieurs couches dans un seul fichier |
| Transactions | Non | Oui (SQLite ACID) |
| Encodage | Ambigu (Latin-1 ou UTF-8) | UTF-8 garanti |
GeoPackage est le format recommandé pour l'échange et le stockage desktop. QGIS, ArcGIS Pro, FME, GDAL le supportent tous. Il n'est pas adapté au rendu web direct — c'est son rôle : remplacer Shapefile dans les workflows bureautiques.
Ère 3 — GPU vectoriel · 2019 · Streaming vectoriel
FlatGeobuf
Streaming binaire avec index spatial — le format méconnu
FlatGeobuf répond à un problème spécifique : diffuser un grand jeu de données vectorielles sur le web en permettant des requêtes spatiales sans serveur. GeoJSON nécessite de charger le fichier entier. FlatGeobuf intègre un index Hilbert R-Tree directement dans le fichier, permettant des requêtes bbox en n'accédant qu'aux octets pertinents via HTTP Range Requests. Structure : Header (schéma, CRS, emprise), Index spatial, Features ordonnées selon la courbe de Hilbert.
| Forces | Limites |
|---|---|
| Streaming spatial sans serveur (HTTP Range) | Support limité dans les navigateurs web |
| Index spatial intégré — requêtes O(log n) | Peu de tooling grand public |
| Format binaire compact | Pas adapté au rendu cartographique (pas de tiles) |
| Support GDAL/OGR complet | Adoption freinée par écosystème client limité |
Ère 3 — GPU vectoriel · 2019 · API REST
OGC API Features
REST moderne — le successeur officiel de WFS
OGC API Features est conçu selon les principes REST modernes : URLs lisibles (/collections/{id}/items/{featureId}), JSON natif (GeoJSON par défaut), pagination via liens next/prev, filtrage CQL2, documentation OpenAPI auto-générée, et rendu HTML pour la navigation humaine.
// Lister les communes de plus de 10 000 habitants dans une emprise
GET /collections/communes/items
?bbox=2.0,48.5,3.0,49.0
&filter=population>10000
&limit=100
&offset=0
// Accéder à une feature spécifique
GET /collections/communes/items/75056
// Implémenter dans pygeoapi (Python)
// GeoServer, ldproxy, 52°North — implémentations disponibles
| Forces | Limites |
|---|---|
| REST JSON moderne — accessible aux développeurs web | Maturité variable selon les implémentations |
| Pagination native | Moins de fonctionnalités transactionnelles que WFS-T |
| Documentation OpenAPI auto-générée | Adoption encore partielle dans les outils bureau |
| Standard OGC — interopérabilité garantie | Part 4 (édition) encore en développement |
OGC API Features est le standard recommandé pour exposer des données vectorielles via API. GeoServer, pygeoapi, ldproxy, 52°North l'implémentent. Pour un nouveau projet API géospatiale en 2026, c'est le choix de référence.
Ère 3 — GPU vectoriel · 2022 · Distribution CDN
PMTiles
Single-file tile archive — CDN sans serveur
Servir des tuiles cartographiques a longtemps nécessité un serveur dédié. PMTiles supprime ce besoin : le format organise toutes les tuiles dans un fichier unique avec un index spatial en en-tête. Pour récupérer une tuile, le client envoie une requête HTTP Range pour télécharger uniquement les octets correspondants. Les CDN et stockages objets supportent nativement les Range Requests.
Figure 9 — Architecture tile server classique vs PMTiles sur CDN
Architecture tile server classique vs PMTiles sur CDN — impact coût et infrastructure
PMTiles est format-agnostique : il peut contenir des tuiles MVT (Protocol Buffers) ou des tuiles MLT (le nouveau format de 2026). La combinaison PMTiles + MLT représente l'architecture serverless la plus performante disponible en 2026.
PMTiles est en adoption rapide. Il est devenu le format de distribution recommandé pour les applications cartographiques légères et les projets open data. Son intégration dans Planetiler et le support natif dans MapLibre GL JS en font une option de production crédible.
Partie 5 — Ère 4 : Cloud, Big Data et WebGPU (2020–2026)
Deux tendances convergent au début des années 2020. D'un côté, le volume de données géospatiales explose : satellites Sentinel et Landsat en open access, données ADS-B, traces de smartphones, LiDAR des villes. Les formats binaires compacts orientés colonnes (Apache Parquet, Arrow) dominent l'ingénierie des données — il devient naturel de les étendre au domaine spatial. De l'autre côté, WebGPU arrive dans les navigateurs — successeur de WebGL, il ouvre des possibilités nouvelles pour le rendu cartographique si le format des données est adapté à la structure GPU.
Ère 4 — Cloud-native · 2016 (adoption ~2020) · Raster cloud
COG — Cloud Optimized GeoTIFF
Le raster cloud-native — streaming partiel sans serveur
GeoTIFF standard présente un problème pour le cloud : pour accéder à une petite zone d'une image de 10 Go, un client doit télécharger le fichier entier. COG résout ce problème avec HTTP Range Requests — la même technique que PMTiles. Un COG est un GeoTIFF réorganisé avec deux caractéristiques clés : tuiles internes (256×256 ou 512×512 px, répertoire d'offsets en en-tête) et aperçus pré-calculés (plusieurs niveaux de résolution dans le même fichier).
Visualisation d'une ville (zoom 15) avec COG sur S3 : ~200 Ko téléchargés.
Vue continentale (zoom 6) : ~50 Ko (aperçu basse résolution).
Sans COG (GeoTIFF classique) : 500 Mo à télécharger pour chaque accès.
| Rôle | Outils |
|---|---|
| Génération | GDAL gdal_translate -co TILED=YES -co COPY_SRC_OVERVIEWS=YES · rio-cogeo |
| Stockage | AWS S3 · Google Cloud Storage · Azure Blob (Range Requests natifs) |
| Serveur | rio-tiler · TiTiler (FastAPI) · Terracotta |
| Client Python | rasterio · stackstac (time series) |
| Catalogage | STAC (SpatioTemporal Asset Catalog) |
COG est devenu le standard de facto pour la donnée raster cloud. Les agences spatiales (ESA, USGS, NASA) distribuent leurs archives en COG. STAC + COG forme l'architecture de référence pour les plateformes de données satellitaires.
Ère 4 — Cloud-native · 2021 / spec 1.0 sept. 2023 · Data engineering
GeoParquet
Apache Parquet pour le spatial — le Big Data géospatial
Apache Parquet s'est imposé comme le format standard du data engineering : orienté colonnes, compressé, optimisé pour les requêtes analytiques. GeoParquet l'étend avec une convention pour stocker des géométries (en WKB dans une colonne bytes) et des métadonnées géospatiales (CRS, emprise, type) dans les métadonnées Parquet. DuckDB, Spark, BigQuery, Pandas, Polars — tous le lisent nativement.
-- Compter les bâtiments dans Paris intra-muros
LOAD spatial;
SELECT COUNT(*) FROM read_parquet('buildings.parquet')
WHERE ST_Within(
geometry,
ST_GeomFromText('POLYGON((2.224 48.815, 2.469 48.815,
2.469 48.902, 2.224 48.902,
2.224 48.815))')
);
-- Sur 100 millions de bâtiments : résultat en ~2 secondes
-- Sans infrastructure serveur, directement sur fichier local ou S3
-- Lire depuis Cloudflare R2 / S3 sans téléchargement complet
SELECT name, ST_Area(geometry) as area_m2
FROM read_parquet('s3://bucket/communes.parquet')
WHERE ST_Intersects(geometry, ST_GeomFromText('POINT(2.35 48.86)'))
LIMIT 10;
Architecture column-oriented — pourquoi c'est révolutionnaire
Compression par colonne
- Une colonne d'attributs du même type compresse 5 à 20× mieux
- Compression RLE, Dictionary, Zstd par colonne
Lecture partielle
- 3 colonnes sur 50 = lecture de seulement 6% des données
- HTTP Range Requests compatible (S3, R2)
Pushdown de prédicats
- Statistiques min/max par row group
- Blocs entiers sautés sans lecture
Compatibilité universelle
- DuckDB, Spark, BigQuery, Pandas, Polars
- Overture Maps distribue en GeoParquet
| Forces | Limites |
|---|---|
| Requêtes analytiques massives ultra-rapides | Pas adapté au rendu cartographique direct |
| Compressé et compact | Pas de mise à jour partielle (append ou régénération) |
| Écosystème data engineering universel | Index spatial moins efficace que PostGIS pour requêtes complexes |
| Compatible DuckDB, Spark, BigQuery, Polars | Courbe d'apprentissage data stack |
GeoParquet est en adoption rapide dans les pipelines data engineering spatial. Overture Maps Foundation distribue l'intégralité de ses données mondiales (bâtiments, routes, lieux) en GeoParquet. C'est devenu le format de référence pour les pipelines ETL géospatiaux.
Ère 4 — Cloud-native · 2023 · Mémoire GPU
GeoArrow
Apache Arrow pour le spatial — le pont entre mémoire et GPU
Apache Arrow est le standard de représentation des données analytiques en mémoire : un format orienté colonnes avec un buffer mémoire commun partageable entre processus (zero-copy). GeoArrow définit une extension Arrow native pour les géométries stockées directement dans des buffers Arrow typés. L'intérêt fondamental : les coordonnées géométriques sont dans des buffers numériques qui peuvent être transférés au GPU sans conversion. Dans le contexte WebGPU, les vertex buffers GPU attendent exactement ce format.
| Forces | Limites |
|---|---|
| Zero-copy entre CPU et GPU | Spécification encore jeune (2023) |
| Interopérabilité Python (geopandas, shapely 2.0) | Adoption limitée hors du monde Python data |
| Performances SIMD sur opérations géométriques | Écosystème en construction |
Ère 4 — Cloud-native · 2025–2026 · Vector tiles WebGPU
MLT — MapLibre Tile
Le vector tile conçu pour WebGPU — la prochaine ère commence
Genèse et contexte
En 2014, MVT a résolu le rendu vectoriel web avec WebGL. En 2026, MLT résout le problème suivant : MVT a été conçu quand les volumes correspondaient à une ville. Douze ans plus tard, trois contraintes ont changé : volumes planet-scale (Overture Maps, LiDAR nationaux), WebGPU (nécessite des données structurées différemment de WebGL), et l'efficacité du row-based vs column-based.
Architecture technique — la différence column-oriented
// MVT — Row-based : chaque feature est un bloc complet
Feature 1: [geometry] [name: "rue de Rivoli"] [class: "primary"] [oneway: true]
Feature 2: [geometry] [name: "bd Haussmann"] [class: "secondary"] [oneway: false]
Feature 3: [geometry] [name: "rue du Faubourg"] [class: "primary"] [oneway: true]
// → Lire "class" de toutes les features = parcourir toute la structure
// MLT — Column-oriented : chaque attribut est un tableau contigu
col_geometry : [geom1_bytes] [geom2_bytes] [geom3_bytes] ...
col_name : ["rue de Rivoli"] ["bd Haussmann"] ["rue du Faubourg"] ...
col_class : ["primary"] ["secondary"] ["primary"] ...
col_oneway : [true] [false] [true] ...
// → Lire "class" = lire un seul tableau contigu → SIMD possible
// → Compression RLE : ["primary","secondary","primary"] → très efficace
Performances mesurées (benchmarks OSM)
| Métrique | MVT | MLT | Amélioration |
|---|---|---|---|
| Taille tuile (OSM planet dense) | 100% | 20–35% | Jusqu'à 6× plus petit |
| Décodage JS (sans SIMD) | 100% | ~50% | 2× plus rapide |
| Décodage avec SIMD CPU | 100% | ~30% | 3× plus rapide |
| Transfert CPU→GPU (WebGPU) | Conversion requise | Direct (aligned buffers) | Latence réduite significativement |
| Support types complexes | Limité | Nested, lists, maps | Extension fonctionnelle |
| Coordonnées 3D | Non natif | Oui (élévation) | Nouvelle capacité |
Fonctionnalités étendues
MLT ajoute des capacités structurelles absentes de MVT : coordonnées 3D natives (altitude comme type de première classe — bâtiments extrudés, terrain, LiDAR), nested types (attributs contenant objets ou listes — horaires OSM, relations routières), linear referencing et M-values (positionnement kilométrique pour les données routières), et maps et listes pour les attributs polymorphes.
Guide de décision MLT vs MVT
| Contexte | Recommandation | Raison |
|---|---|---|
| Application web standard, données modérées | MVT | Écosystème mature, tooling riche |
| Volume planet-scale, performance critique | MLT | Compression 3–6×, décodage 2–3× plus rapide |
| Rendu WebGPU avancé | MLT | Buffers alignés GPU, moins de conversion |
| Données 3D / élévation | MLT | Support natif 3D |
| Contrainte de compatibilité maximale | MVT | Support universel tous serveurs/clients |
| Projet greenfield haute performance 2026+ | MLT + PMTiles | Architecture optimale 2026 |
MLT est en phase d'adoption précoce. Les implémentations MapLibre sont disponibles et stables, mais l'écosystème de génération côté serveur est encore limité. Pour la production standard, MVT reste le choix sûr. MLT est le choix optimal pour les applications hautes performances, les gros volumes, et les projets WebGPU. Projection : maturité comparable à MVT d'ici 2028–2029.
Partie 6 — Formats 3D, LiDAR et Nuages de Points
La troisième dimension s'est imposée avec la démocratisation du LiDAR aéroporté et les besoins des smart cities et du BIM. Ces formats répondent à des problématiques radicalement différentes des formats 2D : volumétrie massive (des milliards de points pour un scan LiDAR), modélisation sémantique des bâtiments, visualisation 3D temps réel de scènes urbaines.
Formats LiDAR · LAS : 2003 / LAZ : 2010–2011
LAS / LAZ — et COPC
Le standard LiDAR — des milliards de points géoréférencés
LAS est publié par l'ASPRS en 2003 pour les nuages de points LiDAR (coordonnées XYZ, intensité, classification, timestamp). LAZ (vers 2010–2011 par Martin Isenburg) est la version compressée sans perte : réduction de 70 à 85% sans sacrifier la précision. LAZ est aujourd'hui le format standard de distribution. Un successeur émerge : COPC (Cloud Optimized Point Cloud) — applique à LAS la même idée que COG à GeoTIFF, avec un index spatial permettant des requêtes partielles via HTTP Range Requests.
| Caractéristique | LAS | LAZ |
|---|---|---|
| Compression | Non | Oui (lossless, ~75–85% de réduction) |
| Décodage | Direct | Décompression requise (LASzip lib open source) |
| Support logiciels | Universel | Universel |
| Usage recommandé | Traitement local intensif | Distribution, stockage, archivage |
Formats 3D · 2015 / OGC Standard 2022
3D Tiles
Visualisation 3D massive — smart city et jumeaux numériques
Comment visualiser une ville entière en 3D dans un navigateur ? Les modèles BIM d'un quartier peuvent contenir des millions de triangles. 3D Tiles résout ce problème avec un streaming hiérarchique basé sur un arbre spatial (octree ou quadtree) : les tuiles les plus grossières sont chargées en premier, puis raffinées à mesure que l'utilisateur se rapproche. Chaque nœud peut contenir des meshes 3D glTF (bâtiments), des nuages de points LiDAR, ou des objets instanciés (arbres, lampadaires).
Formats 3D · 2002 / OGC 1.0 en 2008
CityGML / CityJSON
Modélisation urbaine sémantique — le BIM du SIG
CityGML représente non seulement la géométrie des bâtiments, mais aussi leur structure sémantique (toits, murs, portes, fenêtres), leurs attributs (usage, date de construction) et leurs relations. Il définit cinq niveaux de détail LoD 0 (empreinte au sol) à LoD 4 (modèle intérieur complet). La plupart des projets smart city utilisent LoD 2. Sa complexité XML est un frein — CityJSON (2019) est la version JSON qui gagne en popularité.
Formats 3D / BIM · 1997 / IFC 4.3 : avril 2021
IFC — Industry Foundation Classes
Le standard BIM — la convergence avec le SIG
IFC est le standard d'échange du BIM. Un modèle IFC contient la géométrie précise d'un bâtiment avec ses métadonnées (matériaux, propriétés thermiques, coûts). IFC 4.3 intègre nativement la géolocalisation. La chaîne IFC → CityGML/CityJSON → 3D Tiles pour la visualisation web est maintenant opérationnelle.
| Workflow | Description |
|---|---|
| IFC → GeoPackage | Extraction des empreintes et attributs pour SIG bureautique |
| IFC → CityJSON/CityGML | Modélisation urbaine avec sémantique BIM |
| IFC → 3D Tiles | Visualisation web via CesiumJS / iTwin |
| IFC + PostGIS | Requêtes spatiales sur composants BIM |
Partie 7 — Formats Scientifiques et Climatiques
Les sciences de la Terre produisent des données multidimensionnelles qui dépassent le cadre classique du SIG 2D : données climatiques sur une grille régulière avec une dimension temporelle, profils océanographiques avec une dimension de profondeur, données de modèle atmosphérique sur plusieurs niveaux de pression.
Formats scientifiques · 1989 · Climatologie / océanographie
NetCDF — Network Common Data Form
Le standard des données climatiques et océanographiques
NetCDF est un format binaire auto-descriptif pour les données scientifiques multidimensionnelles. Il contient des variables (tableaux n-dimensionnels), des dimensions (latitude, longitude, temps, altitude) et des attributs. Un fichier de prévisions météo peut contenir : dimensions lat[721] × lon[1440] × time[240] × pressure_level[37] avec les variables temperature, wind_u, wind_v, humidity — soit ~37 milliards de valeurs dans un seul fichier. NetCDF-4 (basé sur HDF5) supporte la compression interne, l'accès parallèle et les groupes de variables. Les librairies Python xarray et netCDF4-python permettent une manipulation expressive.
Formats scientifiques · 1998 · Données volumineuses
HDF5 — Hierarchical Data Format 5
Conteneur scientifique universel
HDF5 organise les données en groupes (comme des répertoires) et datasets (tableaux n-dimensionnels), avec compression, chunking et accès parallèle. NetCDF-4 est construit sur HDF5. HDF5 est utilisé pour les données de télédétection (HDF-EOS pour MODIS/VIIRS), les données LiDAR aéroportées et les données de simulation numérique.
Partie 8 — Formats CAD dans l'écosystème géospatial
La frontière entre CAD et SIG s'est progressivement estompée. Les projets d'infrastructure (routes, réseaux, bâtiments) sont souvent conçus en CAD puis intégrés dans des systèmes SIG pour la gestion patrimoniale, la maintenance et l'analyse territoriale.
Formats CAD · DXF : 1982 / DWG : 1982 · Construction & infrastructure
DXF / DWG
Le format CAD dominant — incontournable en construction
DWG est le format natif binaire d'AutoCAD (propriétaire, spécification partiellement publique). DXF est la version d'échange texte publiée par Autodesk pour l'interopérabilité. L'intégration CAD-SIG pose plusieurs défis : coordonnées relatives (pas géographiques), structure en couches et blocs (pas en features typées), géométries complexes (splines, arcs, NURBS), et attributs dans les blocs à mapper vers des attributs SIG.
Le flux CAD → SIG en pratique
Export DXF depuis AutoCAD
Sélection des calques pertinents, nettoyage des entités inutiles.
Import QGIS ou FME
Conversion des entités CAD en features SIG, mapping des attributs de blocs.
Géoréférencement
Application de la transformation de coordonnées locale → Lambert 93 / WGS84.
Nettoyage topologique
Fermeture des polygones, correction des doublons, nœuds.
Chargement PostGIS
Vers une base de données spatiale pour la gestion patrimoniale et la GMAO.
Dans le contexte d'un ERP de gestion industrielle ou de construction (Odoo), l'intégration AutoCAD-SIG permet de lier les plans d'équipement (blocs AutoCAD) aux fiches produits et nomenclatures (BOM) de l'ERP. Un bloc AutoCAD représentant une pompe peut référencer directement le composant Odoo correspondant avec son stock, sa maintenance planifiée et son historique d'interventions.
Partie 9 — Guide décisionnel complet
Ce guide synthétise les recommandations pratiques de l'ensemble du document. Il est conçu pour être utilisé comme référence rapide lors d'un choix architectural.
9.1 Matrice décisionnelle par cas d'usage
| Cas d'usage | Volume | Format recommandé | Alternative |
|---|---|---|---|
| POI simples (restaurants, commerces) | <5 000 | GeoJSON via API REST | CSV + coordonnées |
| Données de localisation légères | <50 000 | GeoJSON ou OGC API Features | FlatGeobuf |
| Application web interactive | <100 000 | MVT (tiles) + PostGIS | GeoJSON paginé |
| Cartographie volumineuse web | >100 000 | MVT ou MLT | PMTiles + MVT/MLT |
| Haute performance / WebGPU | Tout volume | MLT + PMTiles | MVT si MLT non disponible |
| Portail institutionnel OGC | Variable | OGC API Features | WFS 2.0 |
| Fond de carte statique | Planet-scale | XYZ raster ou PMTiles raster | WMTS |
| Échange bureautique / QGIS | Tout volume | GeoPackage | Shapefile (legacy) |
| Export / archivage | Tout volume | GeoPackage ou Shapefile | GeoJSON si petit |
| Pipeline data engineering | >1 million | GeoParquet + DuckDB | PostGIS |
| Analyse massive spatiale | Téraoctets | GeoParquet (Spark/BigQuery) | PostGIS partitionné |
| Données raster cloud | Tout volume | COG (Cloud Optimized GeoTIFF) | GeoTIFF local |
| Streaming raster partiel | Tout volume | COG sur S3/CDN | WMS avec cache |
| Données GPS terrain | N/A | GPX | GeoJSON |
| Nuage de points LiDAR | Milliards de points | LAZ (stockage) / COPC (cloud) | LAS local |
| Visualisation 3D bâtiments | Urbain | 3D Tiles via CesiumJS | CityJSON + Three.js |
| BIM géolocalisé | Bâtiment | IFC → 3D Tiles | IFC → CityGML |
| Données climatiques | Multidimensionnel | NetCDF | HDF5 |
| Plans CAD → SIG | N/A | DXF → GeoPackage via QGIS/FME | DWG → PostGIS |
9.2 Arbre de décision — Format vectoriel web
Figure 11 — Arbre de décision : choisir le bon format vectoriel web
Arbre de décision — format vectoriel web 2026
9.3 Compatibilité par logiciel
| Logiciel / Framework | Formats supportés nativement |
|---|---|
| QGIS | GeoPackage, Shapefile, GeoJSON, WMS, WFS, OGC API, MVT, GeoTIFF, LAZ |
| ArcGIS Pro | GeoPackage, Shapefile, GeoJSON, WMS, WFS, MVT, GeoTIFF |
| Leaflet.js | GeoJSON, WMS, XYZ raster — via plugins : MVT, WFS |
| MapLibre GL JS | MVT, MLT, GeoJSON, XYZ raster, PMTiles, GeoTIFF (raster source) |
| Mapbox GL JS | MVT, GeoJSON, XYZ raster |
| CesiumJS | 3D Tiles, KML, GeoJSON, WMS, WMTS, Terrain quantized-mesh |
| deck.gl | GeoJSON, MVT, GeoArrow, GeoParquet (via loaders.gl) |
| PostGIS | Import/export : GeoJSON, Shapefile, GeoPackage, WKB, WKT |
| GDAL/OGR | 200+ formats — référence universelle |
| osmium-tool | OSM PBF (lecture, écriture, filtrage, conversion GeoJSON/GeoPackage) |
| Python geopandas | Shapefile, GeoJSON, GeoPackage, GeoParquet, PostGIS, FlatGeobuf |
| DuckDB spatial | GeoParquet, GeoJSON, Shapefile, WKT, WKB |
9.4 Cinq scénarios architecturaux types
Application web légère
<5 000 entités · POI, capteurs IoT, annuaire
Infrastructure : VPS simple, pas de tile server
Portail institutionnel OGC
Open data collectivité · INSPIRE · Géoportail
Infrastructure : serveur dédié, Docker
Haute performance >100k
Réseaux infrastructure · Mobilité urbaine · Tracking
Infrastructure : Serverless tiles (R2/S3), API légère
Pipeline data engineering
Satellitaire · Mobilité nationale · ETL géospatial
Infrastructure : cloud object storage + orchestration Airflow/Prefect
Jumeau numérique / Smart City
Maquette numérique · Patrimoine bâti · Smart city
Infrastructure : Cesium ion / iTwin / self-hosted
Partie 10 — Architectures de référence 2026
Cette partie présente les stacks techniques recommandées par profil d'usage. Le socle commun incontournable reste PostgreSQL + PostGIS : maturité, richesse fonctionnelle (ST_Intersects, ST_Buffer, ST_AsMVT), écosystème universel (GDAL, QGIS, GeoServer, SQLAlchemy).
10.2 Architecture standard — PME / Startup
| Couche | Technologie recommandée | Alternative |
|---|---|---|
| Base de données | PostgreSQL 16 + PostGIS 3.4 | SQLite + SpatiaLite (si offline) |
| API données | FastAPI + GeoJSON / OGC API (pygeoapi) | Express.js + Knex |
| Génération tiles | pg_tileserv ou Martin (MVT dynamique) | Tippecanoe (statique) |
| Distribution tiles | PMTiles sur Cloudflare R2 | MBTiles + TileServer GL |
| Frontend | MapLibre GL JS | Leaflet + plugins |
| Style | MapLibre Style Spec (JSON) | Maputnik (éditeur visuel) |
| Fond de carte | OpenMapTiles (PMTiles) | Maptiler Cloud |
10.3 Architecture cloud-native — volumétrie élevée
| Couche | Technologie | Justification |
|---|---|---|
| Stockage données brutes | GeoParquet sur S3 / R2 | Columnar, coût minimal |
| Traitement ETL | DuckDB + spatial extension | SQL massif sans infra serveur |
| Base opérationnelle | PostgreSQL + PostGIS (RDS ou Supabase) | ACID, fonctions spatiales |
| Tiles vectorielles | Planetiler → PMTiles (MLT ou MVT) | Génération offline, distribution CDN |
| Tiles raster | COG + TiTiler sur Lambda/Cloud Run | Serverless, auto-scaling |
| API | OGC API Features (pygeoapi) | Interopérabilité OGC |
| Frontend | MapLibre GL JS + deck.gl | Performance GPU, grandes données |
| CDN | Cloudflare R2 + Workers | Latence globale minimale |
10.4 Architecture institutionnelle / OGC-compliant
| Couche | Technologie | Justification |
|---|---|---|
| Serveur OGC | GeoServer 2.x ou MapServer | WMS, WFS, WMTS, OGC API |
| Base de données | PostgreSQL + PostGIS | Standard de production |
| Formats sortie | GML/GeoJSON (WFS), PNG/JPEG (WMS) | Interopérabilité OGC |
| Portail de données | GeoNode ou CKAN avec plugin géo | Open data, catalogue INSPIRE |
| Frontend | OpenLayers (support OGC natif) | Standards complets |
| Métadonnées | GeoNetwork (CSW) | Catalogue INSPIRE-compliant |
Partie 11 — Tendances et horizon 2030
Les tendances identifiées ici ne sont pas spéculatives — elles sont déjà visibles en 2026, certaines en phase de production, d'autres en adoption précoce. Elles permettent d'anticiper les choix architecturaux pour les 3 à 5 prochaines années.
Tendance 1 — WebGPU comme nouveau terrain de jeu
Rendu avancé et compute spatial côté client
WebGPU est disponible dans Chrome, Firefox et Safari depuis 2023–2024. Pour le SIG web, cela ouvre le rendu 3D physiquement réaliste, le compute spatial côté client (agrégation, clustering, interpolation exécutés sur GPU dans le navigateur) et des transferts de données optimisés vers le GPU. MLT est le premier format tile conçu pour WebGPU. GeoArrow fournit les buffers alignés pour les transferts CPU→GPU. Horizon 2030 : analyses spatiales complexes sur des millions d'entités en quelques millisecondes, sans serveur.
Tendance 2 — Convergence BIM-GIS accélérée
Jumeaux numériques nationaux et IFC géolocalisé
Les projets de jumeau numérique national (France DGALN, Singapour, Dubai) poussent la convergence BIM-GIS vers une maturité industrielle. IFC 4.3 géolocalisé supprime le besoin de transformation manuelle. La collaboration OGC-buildingSMART converge vers des standards communs IFC-CityGML. Dans les ERP (Odoo), l'intégration des référentiels géospatiaux dans la gestion patrimoniale et la GMAO devient un standard.
Tendance 3 — GeoParquet + DuckDB : le spatial sans infrastructure
Démocratisation de l'analyse spatiale massive
La combinaison GeoParquet + DuckDB permet d'exécuter des requêtes spatiales analytiques sur des centaines de millions d'entités sur un simple laptop, sans base de données serveur. DuckDB-WASM permet d'exécuter des requêtes GeoParquet dans le navigateur. GeoParquet sur S3 + DuckDB = pipeline ETL spatial sans serveur, scalable et économique.
Tendance 4 — PMTiles + CDN : la fin des tile servers ?
Architecture serverless pour les données statiques
Pour les projets n'ayant pas besoin de tiles dynamiques, PMTiles est probablement l'architecture optimale. Coût : fraction d'un tile server dédié, performances comparables grâce au réseau edge. Limite actuelle : pas de mises à jour partielles (régénération du fichier entier requise), pas de tiles dynamiques. Pour les données temps réel (tracking, IoT), un tile server reste nécessaire.
Tendance 5 — L'IA spatiale et ses implications
Segmentation satellite, embeddings géospatiaux, génération de tiles
Les modèles de segmentation (SAM, SegmentAnything) produisent des géométries vectorielles — GeoParquet avec GeoArrow est adapté. Les embeddings géospatiaux (représentations vectorielles ML de zones géographiques pour la recherche par similarité) nécessitent des extensions des formats existants. Les modèles de diffusion génèrent des fonds de carte stylisés via le MapLibre Style Spec.
11.6 Synthèse — Les formats à surveiller d'ici 2030
| Format / Technologie | Trajectoire | Horizon |
|---|---|---|
| MLT (MapLibre Tile) | Adoption croissante, écosystème en développement | 2027–2028 : maturité production |
| GeoParquet | Adoption rapide, standard Overture Maps. Spec 1.0 publiée 2023. | Déjà en production massive |
| PMTiles | Standard serverless tile, adoption en cours | 2026–2027 : standard de facto |
| COPC | Standard LiDAR cloud émergent | 2027 : adoption institutionnelle |
| GeoArrow | Brique fondamentale GPU, adoption Python | 2027 : standard data-GPU |
| OGC API Tiles / Maps | Successeur WMTS/WMS, standard OGC futur | 2028 : remplacement progressif |
| Shapefile | Déclin continu mais lent | 2035+ : fin de vie dans les nouvelles API |
| WFS 1.x/2.x | Remplacement par OGC API Features | 2028 : marginalisé dans les nouveaux projets |
Conclusion générale
En parcourant trente ans d'évolution des formats géospatiaux — du Shapefile des années 1990 à MLT en 2026 — une trajectoire se dessine avec une clarté remarquable : chaque génération de formats répond à un changement structurel du contexte technologique et des usages.
Le SIG desktop des années 1990 avait besoin de formats stables pour des logiciels spécialisés — Shapefile et GeoTIFF ont parfaitement rempli ce rôle. L'explosion du web cartographique a exigé des formats JSON-natifs — GeoJSON a répondu et reste dominant pour sa niche. La révolution WebGL de 2014 a donné naissance à MVT et l'écosystème des tuiles vectorielles. Aujourd'hui, en 2026, WebGPU, GeoParquet, PMTiles et MLT posent les bases de la quatrième ère.
Il n'existe pas de format universel. Shapefile pour l'échange bureautique, GeoJSON pour les API légères, MVT/MLT pour le rendu web volumieux, GeoParquet pour l'analyse massive, COG pour le raster cloud — chaque format a sa niche optimale.
Le choix d'un format est un choix architectural. Il conditionne la performance, la scalabilité, les coûts d'infrastructure et la maintenabilité sur le long terme.
PostgreSQL + PostGIS reste le socle. Quelle que soit l'architecture cible, la base de données spatiale est le cœur du système. Les formats de distribution (MVT, PMTiles, GeoParquet) sont des couches au-dessus.
Investir dans les formats modernes maintenant. GeoParquet, PMTiles et MLT ne sont plus expérimentaux. Les projets démarrés aujourd'hui devraient les considérer comme des options de production sérieuses.
La maîtrise des formats géospatiaux est une compétence différenciante pour tout professionnel du SIG et de la transformation digitale. Elle permet de faire des choix éclairés, d'anticiper les évolutions technologiques et de concevoir des architectures qui résistent au temps.
— Mattieu Pottier, consultant SIG & transformation digitale, MP-i
Références et ressources
Standards et spécifications
Librairies et outils de référence
Glossaire
- BBox / Bounding Box
- Emprise rectangulaire d'une géométrie ou d'une requête spatiale, définie par (minX, minY, maxX, maxY).
- BIM
- Building Information Modeling — modélisation numérique des bâtiments avec données sémantiques et géométriques. Standard IFC porté par buildingSMART.
- CDN
- Content Delivery Network — réseau de distribution de contenu avec serveurs en périphérie (edge). Utilisé pour distribuer les tiles PMTiles et COG à faible latence.
- COG
- Cloud Optimized GeoTIFF — GeoTIFF avec index interne permettant des requêtes partielles via HTTP Range Requests. Standard de fait pour le raster cloud en 2026.
- Column-oriented
- Structure de stockage où les données d'une même colonne sont contiguës en mémoire. Optimal pour les opérations analytiques (OLAP). Base de GeoParquet et MLT. Opposé de row-based.
- COPC
- Cloud Optimized Point Cloud — extension du format LAS avec index spatial HTTP Range compatible. Équivalent COG pour les données LiDAR.
- CRS
- Coordinate Reference System — système de référence de coordonnées (projection cartographique + datum). WGS84 (EPSG:4326) est obligatoire en GeoJSON RFC 7946.
- DXF
- Drawing Exchange Format — format d'échange CAD texte ou binaire, créé par Autodesk pour AutoCAD. Version ouverte de DWG pour l'interopérabilité SIG.
- FlatGeobuf
- Format binaire vectoriel avec index Hilbert R-Tree intégré. Permet des requêtes spatiales bbox via HTTP Range Requests sans serveur. Basé sur FlatBuffers (Google).
- GeoArrow
- Extension Apache Arrow pour les géométries spatiales. Buffers mémoire alignés permettant des transferts zero-copy CPU→GPU. Brique fondamentale pour WebGPU et deck.gl.
- GeoJSON
- Format JSON pour les données géographiques vectorielles, standardisé en RFC 7946. WGS84 obligatoire. Standard de facto pour les API REST géospatiales.
- GeoPackage
- Format fichier OGC basé sur SQLite. Successeur du Shapefile pour les échanges SIG desktop. Un seul fichier, multi-couches, UTF-8, ACID. Spec OGC 2014.
- GeoParquet
- Extension Apache Parquet pour les données géospatiales. Standard pour le data engineering spatial. Spec v1.0 publiée en septembre 2023. Adopté par Overture Maps Foundation.
- GML
- Geography Markup Language — format XML de l'OGC pour les données géospatiales. Verbeux (5–15× GeoJSON). Format sous-jacent de WFS. Remplacé par GeoJSON dans OGC API Features.
- HTTP Range Requests
- En-tête HTTP permettant de télécharger une partie d'un fichier (bytes spécifiques). Fondement technique de COG, PMTiles, FlatGeobuf et COPC — permet le streaming sans serveur.
- IFC
- Industry Foundation Classes — standard d'échange BIM de buildingSMART International. IFC 4.3 (2021) intègre la géolocalisation native. Pivot de la convergence BIM-GIS.
- KML
- Keyhole Markup Language — format XML de visualisation géographique, créé par Keyhole/Google pour EarthViewer. Standard OGC depuis 2008. Niche : annotations grand public.
- LAZ
- Compression lossless du format LAS pour les données LiDAR. Réduction ~75–85% de la taille sans perte de précision. Développé par Martin Isenburg (LASzip). Standard de distribution LiDAR.
- LiDAR
- Light Detection And Ranging — technique de mesure par laser produisant des nuages de points 3D géoréférencés avec intensité, classification et timestamp.
- MLT
- MapLibre Tile — format vector tile column-oriented, successeur de MVT, conçu pour WebGPU. Compression 3–6× meilleure que MVT. Coordonnées 3D natives. Types complexes (nested). Annoncé janvier 2026.
- MBTiles
- Container SQLite pour tuiles cartographiques raster ou vectorielles. Format Mapbox, portable, indexé. Remplacé progressivement par PMTiles pour la distribution web.
- MVT
- Mapbox Vector Tiles — format de tuiles vectorielles binaires (protobuf), standard web depuis 2014. Row-based. Écosystème massif (Mapbox, MapLibre, OpenLayers, QGIS). Standard dominant en 2026.
- OGC
- Open Geospatial Consortium — organisation de standardisation des formats et protocoles géospatiaux (WMS, WFS, OGC API Features, 3D Tiles, GeoPackage, etc.).
- OGC API Features
- Standard OGC REST moderne pour exposer des données vectorielles. Successeur de WFS. API JSON, pagination, filtrage CQL2, documentation OpenAPI. Recommandé pour toute nouvelle API géospatiale.
- OSM PBF
- OpenStreetMap Protocolbuffer Binary Format — format de dump complet d'OpenStreetMap. Planétaire : ~80 Go. 2–3× plus compact et 5–6× plus rapide à parser que le XML OSM.
- PMTiles
- Single-file tile archive permettant la distribution de tiles sur CDN sans serveur dédié. HTTP Range Requests. Compatible MVT et MLT. Développé par Protomaps (Brandon Liu), 2022.
- PostGIS
- Extension PostgreSQL ajoutant des types géométriques, index GiST spatial et 800+ fonctions spatiales (ST_Intersects, ST_Buffer, ST_AsMVT…). Socle de toute architecture SIG professionnelle.
- Protobuf
- Protocol Buffers — format de sérialisation binaire Google. Utilisé par MVT pour l'encodage des tuiles vectorielles. Compact et rapide mais nécessite une librairie de décodage.
- Row-based
- Structure de stockage où toutes les colonnes d'une ligne sont contiguës en mémoire. Optimal pour les transactions OLTP. Architecture de MVT — limitation pour les gros volumes que MLT résout.
- Shapefile
- Format vectoriel ESRI (~1993, spec 1998). Multi-fichiers (.shp, .shx, .dbf). Noms de colonnes 10 chars max, 2 Go max, encodage ambigu. Legacy mais encore omniprésent dans les portails open data.
- SIMD
- Single Instruction Multiple Data — exécution parallèle de la même opération sur plusieurs données. Rendu possible par la structure column-oriented de MLT pour le décodage GPU.
- STAC
- SpatioTemporal Asset Catalog — standard de catalogage des données géospatiales cloud (COG, GeoParquet). Utilisé par ESA, USGS, NASA pour leurs archives satellitaires.
- TopoJSON
- Extension JSON de GeoJSON encodant la topologie (arcs partagés entre polygones adjacents). 2–4× plus compact pour les cartes choroplèthes. Niche D3.js. Créé par Mike Bostock, 2012.
- Vector Tiles
- Tuiles vectorielles — données géométriques encodées par tuile pour le rendu GPU côté client. Permettent le style dynamique côté client et l'interactivité sur les features. MVT et MLT.
- WebGL
- Web Graphics Library — API JavaScript pour le rendu 2D/3D via GPU dans le navigateur. Base de Mapbox/MapLibre GL JS depuis 2013. Successeur : WebGPU (disponible 2023–2024).
- WebGPU
- Successeur de WebGL — API GPU généraliste dans le navigateur. Support compute shaders (GPGPU). Base de la prochaine génération de rendu cartographique. MLT est conçu pour en tirer parti.
- WFS
- Web Feature Service — standard OGC pour l'accès aux données vectorielles via le web. Réponses GML/JSON. Successeur officiel : OGC API Features (2019).
- WMS
- Web Map Service — standard OGC (2000) pour la diffusion d'images cartographiques générées côté serveur. Traitement CPU à chaque requête. Toujours actif dans les portails institutionnels en 2026.
- WMTS
- Web Map Tile Service — standard OGC (2010) pour la diffusion de tuiles raster pré-calculées. Cachable sur CDN. Successeur : OGC API Tiles (2022).
- WKB / WKT
- Well-Known Binary / Well-Known Text — formats d'encodage des géométries en base de données. WKB est utilisé par GeoParquet pour stocker les géométries dans les colonnes Parquet.
- XYZ
- Schéma d'URL de facto pour les tuiles cartographiques : /{z}/{x}/{y}.png. Standard non OGC mais universel, supporté nativement par Leaflet, MapLibre, Mapbox. Popularisé par Google Maps (2005).
À propos de l'auteur
Mattieu Pottier est consultant indépendant en transformation digitale, spécialisé dans les ERP (Odoo V18/V19), les systèmes d'information géographique (QGIS, développement QGIS), et les applications web (WordPress, FastAPI, Python, JavaScript). Il intervient sous la marque MP-i — Mattieu Pottier Indépendant auprès d'organisations souhaitant intégrer des outils open source dans leurs processus métier.
La trilogie de livres blancs techniques MP-i répond à un besoin terrain récurrent : disposer d'une référence synthétique, factuellement vérifiable et architecturalement actionnable sur la chaîne complète des données géospatiales — du format de stockage à l'exposition web.
Historique des révisions
| Version | Date | Auteur | Modifications |
|---|---|---|---|
| v1.0.0 | 3 mars 2026 | Mattieu Pottier | Version initiale — publication |
| v2.0.0 | 3 mars 2026 | Mattieu Pottier | Ajout section MLT complète, mise à jour statuts 2026, enrichissement guide décisionnel |
| v3.0.0 | 3 mars 2026 | Mattieu Pottier | Révision approfondie : architecture MLT column-oriented, benchmarks, GeoArrow, COPC, convergence BIM-GIS IFC 4.3, glossaire complet |
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