SIG & Carto Guide

Fond de carte open source : Overture, OSM ou IGN, comment choisir

MapLibre affiche tout. Le vrai choix se joue sur la donnée.

Mattieu Pottier 14 min de lecture
Fond de carte open source affiché avec MapLibre — comparaison Overture, OpenStreetMap et IGN

« On va mettre une carte sur le site, comme Google Maps. » La phrase paraît anodine. Personne, à ce stade, ne pense au jour où la facture arrive — indexée sur le nombre de chargements de carte. Pourtant, pour afficher votre propre patrimoine d'actifs sur le web, dépendre du compteur d'un fournisseur n'a rien d'obligatoire : trois fonds de carte open source font le travail, et MapLibre les affiche tous. Reste la seule question qui compte vraiment — lequel choisir, pour quel contexte.

Côté métier — ce que ça change
  • Le fond de carte est le référentiel visuel sur lequel vous posez vos actifs (réseaux, espaces verts, bâti) — pas un simple décor.
  • Les solutions propriétaires (Google Maps, Mapbox) facturent à l'usage : la note grimpe avec le succès de votre application.
  • Un fond open source supprime cette facture variable et vous rend maître de l'affichage.
  • Le choix se joue sur la couverture géographique et l'effort d'intégration — deux critères directement liés à votre budget.

Données et rendu : la confusion qui fausse tout

« MapLibre, c'est la carte. » Ce raccourci est faux, et il fausse toutes les décisions qui suivent. Une carte web repose sur deux briques distinctes :

  • la donnée — le fond de carte lui-même : routes, bâtiments, limites administratives, lieux ;
  • le moteur de rendu — la librairie JavaScript qui dessine cette donnée dans le navigateur.

Confondre les deux, c'est croire qu'en choisissant MapLibre, on a choisi sa carte. On n'a choisi que le pinceau, pas la matière.

Le point clé

MapLibre affiche la carte ; il ne fournit pas la donnée. Le fond vient d'ailleurs — d'Overture, d'OpenStreetMap ou de l'IGN. C'est ce « d'ailleurs » qui se décide.

MapLibre, le moteur — et ses alternatives

Trois grandes librairies se partagent le rendu de cartes web :

  • Leaflet le vétéran léger, parfait pour des cartes raster simples sans tuiles vectorielles.
  • OpenLayers le couteau suisse du SIG web, taillé pour les projections cartographiques exigeantes.
  • Mapbox GL JS le pionnier du rendu vectoriel WebGL, passé en licence propriétaire à partir de sa version 2.

MapLibre est né précisément de cette dernière bascule : c'est le fork libre de la dernière version open source de Mapbox GL JS. Il rend la donnée vectorielle en WebGL, consomme nativement les styles JSON (la Style Specification) et ne réclame aucun jeton d'accès. Pour afficher un fond de carte open source, c'est le socle par défaut — pas une option à débattre.

Pour être honnête sur les exceptions : Leaflet reste pertinent pour du raster simple, OpenLayers pour des besoins de projection pointus. En dehors de ces cas, MapLibre est le choix raisonnable, et c'est lui qu'on garde comme constante pour la suite.

Tuiles vectorielles Découpage de la donnée géographique en petits paquets (les tuiles) contenant les géométries elles-mêmes — et non une image figée. Le style (couleurs, épaisseurs, étiquettes) est appliqué côté navigateur, ce qui permet zoom fluide, rotation et personnalisation sans régénérer la carte.

Trois fonds de carte ouverts, trois logiques

Les trois sources ouvertes ne se valent pas — elles ne jouent pas le même match. L'une couvre le monde en données brutes, l'autre est communautaire et déjà servie, la troisième est la référence française. Voici leur carte d'identité.

Mondial

Overture Maps

2024 · GeoParquet

Base cartographique mondiale portée par la Linux Foundation. Données brutes à convertir.

MondeBrut
Communautaire

OpenStreetMap

2004 · Tuiles servies

Carte libre construite par la communauté. Tuiles vectorielles servies depuis 2025.

MondeServi
Référence FR

IGN

2021 · Licence ouverte

Plan IGN et BD TOPO en tuiles vectorielles, licence ouverte Etalab 2.0.

FranceServi
L'ouverture progressive des fonds de carte open source — de 2004 à 2025

Overture Maps — le fond mondial en données brutes

Overture Maps Foundation est un projet hébergé par la Linux Foundation, porté par Meta, Microsoft, Amazon, TomTom et Esri. L'objectif : une base cartographique mondiale, ouverte et interopérable. Depuis 2024, ses principaux thèmes — bâtiments, lieux, réseaux de transport, divisions administratives — sont en disponibilité générale, livrés mensuellement au format GeoParquet. C'est massif : des milliards d'empreintes de bâtiments, des dizaines de millions de lieux, un schéma normalisé d'un thème à l'autre.

Le point fort : couverture mondiale et structuration homogène. La limite, on y revient plus bas : la donnée est brute, pas prête à afficher, et sa précision locale en France reste variable selon les zones.

OpenStreetMap — le communautaire déjà servi

OpenStreetMap n'a plus besoin de présentation : la carte libre construite par des centaines de milliers de contributeurs depuis 2004. La nouveauté qui change la donne pour le web : depuis 2025, la fondation OSM sert ses propres tuiles vectorielles directement depuis ses serveurs. Concrètement, vous pointez un style compatible et MapLibre affiche — sans pipeline de conversion à monter.

Le point fort : richesse du détail local, couverture mondiale, et désormais une intégration directe. La limite : la qualité dépend des contributions locales, et les tuiles servies par la fondation obéissent à une politique d'usage — elles ne sont pas pensées pour absorber seules un trafic de production massif.

IGN — la précision française en licence ouverte

Depuis le 1er janvier 2021, l'IGN diffuse ses données publiques gratuitement sous licence ouverte Etalab 2.0. Pour qui travaille sur le territoire français, le Plan IGN et la BD TOPO sont les outils les plus précis — et ils sont servis en tuiles vectorielles consommables directement par MapLibre.

Le point fort : précision et fraîcheur sur la France et les DOM, statut officiel, intégration directe. La limite : le périmètre s'arrête aux frontières françaises, et il faut gérer une clé de service.

Le critère qu'on oublie : la friction de mise en œuvre

À ce stade, on compare en général sur la couverture et la précision. On oublie le critère qui pèse le plus lourd sur un planning : l'effort pour passer de la donnée à la carte affichée. Et là, les trois sources ne sont pas dans le même monde. Le plus simple est de le montrer en code.

IGN et OSM : un style servi, une ligne de configuration

L'IGN expose un style Plan IGN public, documenté et accessible sans clé sur la Géoplateforme data.geopf.fr. Deux façons de l'intégrer selon votre stack.

Avec un bundler (Vite, Webpack) :

JavaScript
import maplibregl from 'maplibre-gl';
import 'maplibre-gl/dist/maplibre-gl.css';

const carte = new maplibregl.Map({
  container: 'map',
  // Style Plan IGN « standard » — Géoplateforme IGN, licence ouverte, sans clé
  style: 'https://data.geopf.fr/annexes/ressources/vectorTiles/styles/PLAN.IGN/standard.json',
  center: [-52.33, 4.92], // Cayenne
  zoom: 12
});

Sans bundler, via CDN :

HTML
<link href="https://unpkg.com/maplibre-gl@latest/dist/maplibre-gl.css" rel="stylesheet">
<script src="https://unpkg.com/maplibre-gl@latest/dist/maplibre-gl.js"></script>
<script>
  const carte = new maplibregl.Map({
    container: 'map',
    style: 'https://data.geopf.fr/annexes/ressources/vectorTiles/styles/PLAN.IGN/standard.json',
    center: [-52.33, 4.92],
    zoom: 12
  });
</script>

Pas de pipeline, pas d'hébergement, pas de clé. L'IGN propose d'ailleurs plusieurs déclinaisons sur le même schéma d'URL — gris.json pour superposer vos données métier sans surcharge visuelle, sans_toponymes.json pour retirer les étiquettes. Pour une application à fort trafic, les conditions d'usage de la Géoplateforme s'appliquent. OpenStreetMap suit la même logique : un style vectoriel servi, une URL à pointer.

Overture : la chaîne complète à monter soi-même

Overture ne sert aucun style. Il livre de la donnée brute en GeoParquet, et c'est à vous de la transformer en tuiles affichables. La chaîne tient en trois étapes — toutes réelles, toutes reproductibles.

GeoParquet Format de fichier columnar cloud-native pour la donnée géographique, dérivé de Parquet. Excellent pour stocker et analyser de gros volumes — mais ce n'est pas un format que le navigateur affiche directement. Il faut le transformer en tuiles au préalable.

1. Extraire votre zone. L'outil officiel overturemaps télécharge uniquement les données de votre emprise, directement depuis le stockage S3 d'Overture :

Bash
pip install overturemaps

# Bâtiments d'une emprise autour de Cayenne, exportés en GeoJSON
overturemaps download \
  --bbox=-52.34,4.91,-52.28,4.96 \
  -f geojson --type=building \
  -o batiments.geojson

2. Générer les tuiles vectorielles. tippecanoe convertit le GeoJSON en archive PMTiles — un fichier unique, hébergeable sur un simple stockage objet :

Bash
tippecanoe -zg \
  -o batiments.pmtiles \
  --drop-densest-as-needed \
  batiments.geojson

L'option -zg laisse tippecanoe choisir le niveau de zoom maximal adapté à la densité des données ; --drop-densest-as-needed évite les tuiles trop lourdes.

PMTiles Format d'archive en fichier unique pour des pyramides de tuiles. Hébergeable sur un simple stockage objet (S3, Cloudflare R2) sans serveur de tuiles dédié : le navigateur lit directement les fragments dont il a besoin via des requêtes HTTP Range.

3. Afficher dans MapLibre. PMTiles n'est pas un format natif : il faut enregistrer le protocole pmtiles:// via la librairie dédiée, puis déclarer la source et la couche à styliser.

Avec un bundler (Vite, Webpack) :

JavaScript
import maplibregl from 'maplibre-gl';
import 'maplibre-gl/dist/maplibre-gl.css';
import { Protocol } from 'pmtiles'; // npm install pmtiles

// Enregistre le protocole pmtiles:// — une seule fois dans l'application
const protocol = new Protocol();
maplibregl.addProtocol('pmtiles', protocol.tile);

const carte = new maplibregl.Map({
  container: 'map',
  center: [-52.33, 4.92],
  zoom: 12,
  style: {
    version: 8,
    sources: {
      batiments: {
        type: 'vector',
        // vos tuiles hébergées sur un stockage objet (Cloudflare R2, S3…)
        url: 'pmtiles://https://votre-bucket.r2.dev/batiments.pmtiles'
      }
    },
    layers: [{
      id: 'batiments-fill',
      type: 'fill',
      source: 'batiments',
      'source-layer': 'batiments', // = nom du fichier GeoJSON sans extension
      paint: { 'fill-color': '#E97423', 'fill-opacity': 0.5 }
    }]
  }
});

Sans bundler, via CDN :

HTML
<link href="https://unpkg.com/maplibre-gl@latest/dist/maplibre-gl.css" rel="stylesheet">
<script src="https://unpkg.com/maplibre-gl@latest/dist/maplibre-gl.js"></script>
<script src="https://unpkg.com/pmtiles@latest/dist/pmtiles.js"></script>
<script>
  // pmtiles est disponible en global via window.pmtiles
  const protocol = new pmtiles.Protocol();
  maplibregl.addProtocol('pmtiles', protocol.tile);

  const carte = new maplibregl.Map({
    container: 'map',
    center: [-52.33, 4.92],
    zoom: 12,
    style: {
      version: 8,
      sources: {
        batiments: {
          type: 'vector',
          url: 'pmtiles://https://votre-bucket.r2.dev/batiments.pmtiles'
        }
      },
      layers: [{
        id: 'batiments-fill',
        type: 'fill',
        source: 'batiments',
        'source-layer': 'batiments',
        paint: { 'fill-color': '#E97423', 'fill-opacity': 0.5 }
      }]
    }
  });
</script>

La différence est nette : une URL de style pour l'IGN, une chaîne extraction → tuiles → hébergement → style pour Overture. Pour approfondir l'hébergement et la diffusion de ces tuiles (serveurs, PMTiles, CDN), voyez l'article Exposer la donnée géospatiale sur le web.

Le piège classique

Croire qu'Overture « s'affiche tout seul ». Non : c'est de la donnée, pas une carte. Sans les étapes 2 et 3 ci-dessus, MapLibre n'a rien à dessiner. Sous-estimer ce poste, c'est découvrir le vrai coût d'Overture une fois le projet déjà engagé.

La contrepartie : une maîtrise totale

Cette friction a une récompense. En hébergeant vos propres tuiles Overture, vous gagnez ce qu'IGN et OSM ne peuvent pas vous donner :

  • Zéro quota — votre infrastructure, votre uptime, aucune dépendance à un service tiers.
  • Données figées — vous choisissez quelle release mensuelle utiliser, sans mise à jour surprise qui casse votre style.
  • Personnalisation complète — vous générez les tuiles, vous décidez exactement ce qu'elles contiennent et comment elles s'affichent.
  • Coût prévisible — quelques centimes par mois pour des PMTiles sur un objet storage (Cloudflare R2, OVH Object Storage).

C'est l'architecture idéale pour une application en production où dépendre d'un service externe constitue un risque opérationnel.

La grille de choix selon votre contexte

Aucune des trois n'est « la meilleure » dans l'absolu. Le bon choix dépend de quatre critères : sont vos actifs, quelle précision vous visez, combien d'effort d'intégration vous pouvez absorber, et à quel point vous devez personnaliser le rendu.

Trois fonds de carte open source — quel usage pour lequel
CritèreOverture MapsOpenStreetMapIGN
CouvertureMondialeMondialeFrance + DOM
Précision sur la FranceVariableBonneRéférence
Friction d'intégrationÉlevée — tuiles à générerFaible — tuiles serviesFaible — tuiles servies
Personnalisation du styleTotaleÉlevéeCadrée
Coût d'hébergementVos tuiles à hébergerMarginalMarginal
Maîtrise totaleOui — si auto-hébergéPartiellePartielle

Traduit en cheminement de décision, cela donne une logique simple :

Coût, risque, bénéfice
  • Coût — Intégration quasi nulle avec IGN ou OSM (une URL de style) ; réelle avec Overture (génération + hébergement des tuiles).
  • Risque — Dépendance résiduelle au service de tuiles (quotas, disponibilité) ; à relayer par votre propre hébergement en production.
  • Bénéfice — Maîtrise du fond de carte, zéro facture indexée sur les chargements, souveraineté sur la donnée affichée.

Ce qu'il faut retenir

Choisir un fond de carte open source, ce n'est pas choisir une librairie : MapLibre reste la constante qui affiche tout. C'est choisir une source de données, et ce choix dépend de votre terrain. L'IGN pour la précision française, OpenStreetMap pour le détail communautaire mondial déjà servi, Overture pour une base mondiale structurée quand vous acceptez d'en générer les tuiles — et d'en tirer une maîtrise totale en retour. Le bon fond n'est pas le plus prestigieux — c'est celui dont la couverture et la friction collent à votre projet, sans vous lier à un compteur.

Le bon fond de carte n'est pas le plus complet du monde — c'est celui qui couvre votre terrain sans vous enchaîner à un compteur.

— Mattieu Pottier, MP-i